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Numéro 99

Steve Hodel

L’AFFAIRE DU DAHLIA NOIR

Trad. de l'américain par Robert Pépin
Seuil, Paris, 2004
591 pages
36,95 $

À première vue, ce serait la patience dans ce qu’elle a de plus acharné qui mériterait la palme. Résoudre une énigme policière datant de 1947 relève, en effet, de la mission impossible. La tâche est d’autant plus exigeante que le meurtre non élucidé est survenu à l’époque où la police de Los Angeles et l’administration municipale nageaient béatement dans la corruption la moins rassurante et balayaient sous le tapis les « affaires » embarrassantes. La traque à laquelle se livre Steve Hodel émeut pourtant pour d’autres motifs : c’est son propre père qu’il soupçonne d’avoir torturé et assassiné la jeune femme que les médias baptisèrent le Dahlia noir.

Vengeance filiale tardive ? Pas du tout. Règlement de compte auquel le fils ne pouvait se livrer avant la mort de son père ? Pas davantage. L’auteur n’a pas choisi son chantier. C’est en mettant de l’ordre dans la succession de George Hodel décédé à l’âge de 91 ans que le fils, policier à la retraite, est confronté à des documents troublants. Pourquoi George Hodel, qui avait vécu en Asie au cours des quarante plus récentes années, gardait-il dans son carnet intime deux photographies d’Elisabeth Short, le Dahlia noir ?

Au terme de presque trois ans d’enquête, Steve Hodel en arrive à de déprimantes conclusions. Elles sont d’autant moins contestables que l’auteur, au temps où il faisait partie de l’escouade des homicides de Los Angeles, avait dirigé le travail policier dans 300 dossiers de meurtre. L’auteur, rigoureux et modeste, soumet pourtant son analyse à un regard professionnel autre que le sien. Quand tombe la corroboration, le mystère qui entourait une série de meurtres, y compris celui de Dahlia noir, est enfin résolu.

L’enquête menée par Steve Hodel lui aura causé de terribles souffrances. Depuis quelques années, comme en témoigne la correspondance entre le père et le fils, les relations entre eux avaient atteint une sérénité et une densité inespérées. Aux années de contacts à peine épisodiques avait succédé une période de confidences, de détente, de transparence. La tentation fut forcément pressante de ne pas laisser déferler les questions auxquelles risquaient de répondre d’indésirables révélations. Le policier intègre qu’avait été Steve Hodel jugea de son devoir de reprendre à pied d’œuvre une enquête laissée en plan. La rigueur professionnelle s’allie ici à un impressionnant courage. On comprend James Ellroy, lui-même auteur d’un livre sur l’énigme, de se reconnaître surclassé.

Publié le 2 juin 2005 à 12 h 09 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 16 h 27