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Federico Andahazi

LA VILLA DES MYSTÈRES

Métailié,Paris, , 2000
151 pages
29,95 $

Disons-le tout de suite, haut et fort : ce petit bouquin est un chef-d’œuvre d’invention et d’originalité ! Et quel culot ! Quel clin d’œil ironique à l’histoire de la littérature universelle ! On y apprend ‘ et c’est toute une surprise, croyez-moi ! ‘ quelle est la source véritable des grands livres de la littérature mondiale… D’où proviennent réellement les œuvres d’Alexandre Pouchkine, E. T. A. Hoffmann, Ludwig Tieck, François-René de Chateaubriand et autres grands classiques ? Mais n’anticipons pas… Les faits sont réels, les protagonistes célèbres : Lord Byron, le poète Percy Shelley, sa compagne Mary Shelley, Claire Clairmont, et le docteur William Polidori. Tous ces jeunes gens, épris de belles lettres (et de sensations fortes !) sont réunis à la villa Diodati, par un été pluvieux de 1816. L’histoire est bien connue, tous les amateurs de Frankenstein et de récits de vampire en connaissent les péripéties. Mais Federico Andahazi a sa propre version des faits et nous concocte là un petit roman coquin, voire salace, dont le personnage central n’est nul autre que William Polidori, ex-amant, secrétaire et souffre-douleur de Lord Byron. Polidori reçoit d’étranges lettres qui l’informent de l’existence des sœurs Legrand, comédiennes scandaleuses, courtisanes célèbres et méprisées. Elles sont jumelles, mais il existerait une troisième sœur qui, pour des raisons obscures, devrait rester cachée. Un monstre, peut-être ? Et voilà que l’on propose à Polidori un étrange pacte littéraire… Ce qui suit est à la fois original, fantastique, et diablement cochon. Federico Andahazi jette pour le moins un éclairage nouveau sur ce qui se serait passé là, au bord du majestueux lac Léman en cet été pluvieux. De nombreux romans se sont inspirés des mêmes faits et en 1986, Ken Russell en a fait un film assez hystérique intitulé Gothic. Néanmoins, aucune de ces œuvres, littéraires ou cinématographiques, n’atteint le degré d’étrangeté ou d’originalité de ce petit roman diabolique qui explore avec malice des régions insoupçonnées et troublantes de la sexualité. Ce livre figure désormais en bonne place dans le panthéon de mes œuvres favorites, toutes catégories confondues. Mais j’avoue un parti pris : je fais partie des inconditionnels du roman gothique et des monstres célèbres que ce courant sulfureux a légués à la littérature et aux films fantastiques. Et j’ai toujours rêvé d’acheter la villa Diodati !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 27 novembre 2014 à 11 h 29