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Raymonde Beaudoin

LA VIE DANS LES CAMPS DE BÛCHERONS AU TEMPS DE LA PITOUNE

Septentrion, Québec, 2014
176 pages
22,95 $

Les bûcherons font partie de ces personnages plus grands que nature qui peuplent la mémoire et le folklore québécois. Soiffards invétérés ou hardis gaillards, les forestiers ont pu jouir de tout un appareillage littéraire afin de mousser leurs divers exploits, authentiques comme fantasmés. Mais qui étaient-ils vraiment et qu’en était-il de la vie au chantier ? Dans son premier essai, Raymonde Beaudoin délaisse le mythe dans le but de mesurer la réalité historique à échelle humaine et tente d’éclairer le quotidien de ces milliers d’ouvriers à l’ère de la « pitoune ».

Dans une douzaine de chapitres, l’auteure passe en revue tout le processus de coupe, de l’établissement automnal des camps jusqu’à la drave printanière des billots. La mise sur pied du chantier était d’abord la tâche du jobber, gérant chargé de l’administration des ressources matérielles, ainsi que de l’embauche des employés. Ces derniers se répartissaient entre les bûcherons (constitués des bûcheux, des pileurs, des claireurs et des rouleurs), le shoboy, homme à tout faire, et les guidis, responsables de l’entretien des chemins en vue du charroyage du bois. Au sein de cette faune masculine régnait la cook qui, à raison de seize heures par jour, relevait le défi de nourrir tous les jours une cinquantaine de ventres affamés. Une fois le bois de la concession couché, les mesureurs et inspecteurs de la compagnie calculaient les redevances avant le flottage final effectué par les raftmen.

L’auteure mène une étude anthropologique au ras du sol, soucieuse de livrer dans ses moindres détails – habitudes de table, hygiène, passe-temps des travailleurs – le fonctionnement de ces communautés humaines isolées au cœur de l’immensité des forêts lanaudoises et mauriciennes. Nourri par de nombreux témoignages familiaux, une expérience concrète de terrain et plusieurs photos d’archives, l’essai offre un coup d’œil édifiant sur des pratiques traditionnelles disparues avec la mécanisation du métier. Il conviendrait toutefois de remettre en question le caractère novateur de cette recherche, revendiqué en début d’ouvrage, qui ne l’est qu’à la condition de passer sous silence, comme Raymonde Beaudoin le fait, d’importantes contributions dont Forêt et société en Mauricie de René Hardy et Normand Séguin, réédité en 2011 aux mêmes éditions Septentrion.

Publié le 1 octobre 2014 à 12 h 43 | Mis à jour le 28 octobre 2014 à 11 h 42