Michèle Nevert

LA PETITE VIE

XYZ, Montréal, 2000
199 pages
24,95 $

Qu’on ne se méprenne pas sur le sens du sous-titre, Les entrailles d’un peuple. Le monde de La petite vie ne représente pas un univers socioculturel particulier, selon Michèle Nevert, qui fait voir d’entrée de jeu que la série de Claude Meunier s’inscrit dans le registre ludique. La femme de lettres fait d’ailleurs ressortir, en les illustrant abondamment, les mécanismes de l’écriture créative d’un auteur qu’elle qualifie de grand écrivain. Elle fait aussi appel à la psychanalyse pour interpréter l’intrigue de la série qui repose sur les difficultés de communication entre les êtres, ce en quoi La petite vie rejoindrait l’universel. Cependant, si les difficultés relationnelles servent de moteur à l’intrigue, le langage, lui, serait le fondement même de l’œuvre, du fait de la problématique de l’identité qu’il véhicule. En suivant un parcours d’une logique implacable et s’appuyant sur des exemples tirés de dizaines d’épisodes, l’essayiste dégage l’adéquation qui y est faite entre langue québécoise et identité québécoise. C’est là que le sous-titre trouve sa justification. Nevert cite Lison qui s’adresse à ses beaux-parents dans l’épisode du « Voyage à Plattsburgh » : « Arrangez-vous pas pour perdre votre français là… » et Moman de rétorquer :« Non pour ça y a pas de danger ; la langue, c’est les entrailles d’un peuple ». Or, observe Nevert, Meunier crée des situations favorables à l’éclosion de jeux de mots (chevauchement de deux langues ou disparité des accents lors d’échanges avec des personnages d’origine étrangère, dont un couple de Français ; décodage de traductions boiteuses, intégration d’anglicismes, mais dénonciation de la suprématie de l’anglais) mais dont la fonction première est d’illustrer et de défendre la langue d’ici. Ainsi, les personnages de la famille Paré passent de l’identification de leurs variations linguistiques à l’acceptation puis à la revendication de la différence.

Tel est le fil conducteur d’une étude touffue qui confirme la créativité de Meunier. N’empêche que plus d’un détracteur de La petite vie dénonce l’attitude complaisante affichée dans la série à l’égard de ce qui est abusivement considéré comme la langue québécoise.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21