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Numéro 78

Sylvain Meunier

LA PETITE HINDOUE

Guy Saint-Jean, , 1999
215 pages
19,95 $

Sans le talent de Sylvain Meunier, ce survol d’une vie n’aurait été qu’un banal enchaînement linéaire de gestes quotidiens. De celui qui se décrit lui-même comme le bouffon, on aurait pu dire, à la César, qu’il s’est cherché, qu’il a aimé une inadaptée, qu’il a perdu son fils et que la vie l’a échappé. Mais voilà : Sylvain Meunier disloque le temps et le reconstruit, flashs-back à l’appui, en un douloureux face à face entre un homme et le vide de son existence. On ne sait trop où s’en va le bouffon, quel malheur l’a frappé, s’il est coupable de quelque crime, mais on le découvre peu à peu attachant, sincère et même lucide.

Sylvain Meunier réussit d’un même souffle à ranimer une époque qui déjà bascule dans l’oubli et à y loger un destin précis. Son personnage est à la fois le reflet de son temps et un humain unique. Il semble veule et facile à bousculer, mais, dans la crise, il se comporte plus qu’honorablement. Sans jamais alourdir ou ralentir le récit, l’auteur le meuble pourtant de discussions rugueuses, exigeantes, intelligentes. La religion, le suicide, l’avortement affleurent dans le débat, tout comme le désabusement des confrères enseignants fait partie du décor. Telle est la vie.

Sylvain Meunier n’a pas perdu le goût des clins d’œil et des boutades irrévérencieuses, mais il a circonscrit leur rôle dans un drame savamment construit et efficacement raconté.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 25 janvier 2015 à 19 h 46