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Numéro 79

Christiane Frenette

LA NUIT ENTIÈRE

Boréal, Montréal, 2000
182 pages
20,95 $

Voici un roman qui mérite une place à part, particulière, dans l’abondante production des auteurs québécois ! L’écriture est resserrée, objective, sans détails superflus, égale à elle-même d’un bout à l’autre du texte. L’auteure ne laisse pas filtrer ses propres émotions, seulement celles que les quelques personnages voudront bien laisser deviner. Elle trace les liens qui se tissent entre Gabrielle et Jeanne, Paul et Gabrielle, Victor et Jeanne, Jeanne et Paul. Elle présente des situations non abouties, qui laissent le lecteur perplexe.

Jeanne et Gabrielle ont été liées par l’amitié au collège ; cinq ans plus tard, elles se rencontrent par hasard. Gabrielle est restée lourdement handicapée à la suite d’un accident. Jeanne choisira de vivre près d’elle avec le frère de celle-ci et son fils, dans un petit village cerné de forêts au pied des Appalaches. Jeanne s’attache à Victor et à sa boulangerie où elle aime faire le pain.

Le roman parle de la fascination éprouvée par Jeanne au collège pour la brillante Marianne, disparue à la fin de l’année scolaire, toujours présente cependant dans sa tête, dans ses dialogues intérieurs et dans ses décisions. Comment expliquer cette fascination ? Pourquoi Paul est-il cet être de silence, rongé par l’angoisse et la colère, qui exerce une attraction sur Jeanne et dont Victor dira qu’il a « l’intelligence de l’amour » ? Pourquoi l’action reste-t-elle en suspens quand un jour, à l’aube, deux policiers descendent chez Jeanne et lui demandent si elle est bien la conjointe de Paul ? On apprendra plus loin que Victor est introuvable… Des indices parcourent le texte mais ils s’y noient, le lecteur ne les remarque pas au passage. Comment s’explique que Victor ne supporte pas la présence de Gabrielle dans la boulangerie ? Fait étonnant, la notion du temps disparaît, mais ça n’a finalement aucune importance. L’accident de Gabrielle, les absences de Paul, la grossesse de Jeanne, la fermeture de la boulangerie, la mort d’un orignal près de la maison de Jeanne, tout se mêle au hasard des pages. Le roman nous poursuit et reste en partie insaisissable. Est-ce là le tour de magie d’une écriture si bien maîtrisée ?

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 27 décembre 2014 à 9 h 53