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LA MAÎTRISE DES PETITS CHANTEURS DE QUÉBEC

Geneviève Ribordy

LA MAÎTRISE DES PETITS CHANTEURS DE QUÉBEC

100 ANS DE CHANT ET DE TRADITION

GID, Québec, 2015
151 pages
34,95 $

L’éducation musicale a une longue tradition au Québec, comme le prouve l’abondance de chorales et de formations populaires. À l’époque de Mgr de Laval, dès 1651, le Séminaire de Québec avait déjà sa chorale de huit enfants. Fondée en 1915 par l’abbé Placide Gagnon, la Maîtrise des petits chanteurs de Québec a compté des milliers de membres successifs. En 1947, elle devint pour un temps la Manécanterie des petits chanteurs à la Croix de Bois de Québec : « une manécanterie est une chorale de chanteurs du matin ».

Véritable institution, cette école, devenue mixte, existe encore de nos jours. Son répertoire est varié : l’Ave Maria de Schubert, la Berceuse de Solveig de Grieg ; déjà, en 1942, les petits chanteurs intégraient lors de leurs récitals des chants profanes comme le « Ô Canada », devenu hymne national seulement en 1980. Leur rayonnement est impressionnant : grâce aux diffusions outre-mer de Radio-Canada, ces voix québécoises sont entendues en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud dès 1949. À cette époque, la chorale au complet est partie en tournée jusqu’en Gaspésie, et ce, en avion ! D’autres voyages et de nombreux partenariats suivront (Orchestre symphonique de Québec, Opéra de Québec), grâce à quelques passionnés qui porteront la chorale à bout de bras, ce qui lui permettra de participer à la présentation du Liverpool Oratorio de Paul McCartney à Québec, en 1992.

Historienne et enseignante, Geneviève Ribordy retrace l’évolution de ce qui fut plus qu’une simple chorale. La Maîtrise est rapidement devenue un lieu de réseautage et de recrutement pour une éventuelle vocation artistique ou religieuse, ou pour le cours classique. Loin de se limiter à un portrait et à une suite d’anecdotes, l’auteure nous fait revivre un pan de la vie culturelle à Québec au XXe siècle.

La Maîtrise a accueilli dans ses rangs des enfants de tous les milieux, de la Basse-Ville comme de la Haute-Ville, à une époque où l’instruction n’était pas obligatoire et où la musique pouvait être considérée comme un luxe. On remarque aussi en filigrane les efforts du clergé de Québec pour démocratiser la musique et ne pas la réserver aux élites. Les activités de la chorale mobilisent beaucoup de personnes : les proches assistent aux concerts et les familles sont constamment en campagne de financement afin de rendre possibles toutes ces activités.

L’ouvrage de Geneviève Ribordy est enthousiasmant et permet de mesurer la vie musicale à Québec. On reprochera seulement à ce livre la petitesse de ses photographies ; quelquefois, on distingue à peine les visages des enfants !


Publié le 10 juillet 2015 à 10 h 42 | Mis à jour le 10 juillet 2015 à 15 h 38