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Agnès Ruiz

LA MAIN ÉTRANGÈRE

JCL, Chicoutimi, 2003
254 pages
19,95 $

Avec soulagement, j’ai refermé le livre d’Agnès Ruiz, car plusieurs détails m’éloignaient de l’histoire. Pourtant, le roman, intelligent, est bien mené. L’argument de la main étrangère, un peu exagéré, s’avère néanmoins original. Quand elle est atteinte de ce dérèglement extrêmement rare de la motricité, la main peut prendre un objet, le serrer et frapper sur n’importe quoi de façon incontrôlable, voire s’en prendre au reste du corps. Harténia Girardin travaille dans une grosse boîte de publicité et se retrouve affligée par ce traumatisme après un accident de voiture. On la retrouvera morte dans une position d’autoétranglement. Les agents chargés de l’enquête, dont Rachel Toury, mettent en doute l’hypothèse du suicide : plusieurs indices incriminent le mari d’Harténia. D’autres pistes mènent vers un ancien amant, dangereux séducteur. Le suspense est efficace, tellement que pour connaître la clé du mystère, j’ai passé outre un style dont le défaut n’est pas tant la maladresse que le fait de nourrir un cliché du roman policier : des dialogues à la limite de l’affecté, comme si dans toute situation, dans tout milieu, on parlait un français radio-canadien ; et la manie qu’a l’auteure de nous rappeler nom et prénom lorsqu’il est question d’un personnage. On finit par en rire. Non pas qu’il faille écrire les dialogues en joual, mais des manières de parler moins homogènes d’un personnage à l’autre contribueraient sans doute à leur donner une plus grande individualité.

Dans cette histoire complexe, collègues, conjoints et autres connaissances tiennent des rôles inattendus, aux apparences trompeuses. L’étrangeté de chacun à soi-même donne heureusement de l’étoffe au récit, et sauve les personnages d’une caractérisation trop monolithique (la femme de carrière refusant la maternité, le tendre mari souffrant de la rigidité de sa femme, la voisine handicapée qui surveille tout…). Au delà des types presque caricaturaux des personnages, qu’on sent brossés à grands traits pour que l’histoire passe pour vraisemblable (ce qui « naturalise » une mécanique textuelle un peu grosse, où s’ajoutent à la maladie rare les méfaits d’un être dérangé), l’histoire est néanmoins rythmée, surtout quand elle entrelace les chroniques serrées des événements simultanés.

Publié le 16 juin 2004 à 10 h 55 | Mis à jour le 16 juin 2004 à 10 h 55