Accueil > Commentaires de lecture > Essai > LA GUERRE D’ESPAGNE ET SES LENDEMAINS

Numéro 99

Bartolomé Bennassar

LA GUERRE D’ESPAGNE ET SES LENDEMAINS

Perrin, Paris, 2004
548 pages
47,95 $

La guerre d’Espagne (1936-1939) fut une expérience tragique et meurtrière. C’était une guerre civile, emmêlant les idéaux de liberté et de révolution dans le camp républicain, défendant le passéisme, l’ordre religieux et les caciques dans le camp de la rébellion militaire sous la gouverne de Franco. Une guerre inséparable de questions sociales (pouvoir ouvrier, nationalismes, réforme agraire, oppression religieuse) dans sa lutte contre le fascisme. Mais ce fut aussi une amère défaite devant l’intervention déterminante de contingents allemand, italien et portugais, combinée aux divisions politiques et à des luttes intestines acerbes, chez les républicains. Bilan : environ un demi-million d’exilés en sol français, autant de victimes de la lutte armée, et l’Espagne sous une chape de plomb pendant plus de 35 ans.

Après avoir retracé le déroulement de la guerre, Bartolomé Bennassar cerne les spécificités de ce « laboratoire du siècle » sur divers plans et nous présente, à partir d’une solide documentation, l’épisode difficile de l’exode des réfugiés vers la France. C’est en voulant se situer en marge des histoires « passionnées », qui masquent plus qu’elles ne dévoilent la réalité, que l’auteur développe sa perspective. Il entend ainsi participer à l’étalement au grand jour de l’affreuse vérité sur les abus et les dérives des deux camps, qu’il renvoie dos à dos. Pour ne prendre qu’un exemple, il met en évidence le caractère massif, des deux côtés, de la répression et des exécutions politiques sommaires : plus de 120 000 victimes.

Mais la compréhension se résume-t-elle à établir un équilibre des faits reliés à la violence politique ? Malgré cet habile jeu de balance, l’auteur n’évite pas le mauvais subjectivisme. Distribuant les « erreurs » politiques chez les divers acteurs de ce drame, il insiste sur les forces et faiblesses de leurs traits de personnalité pour aborder l’issue, parfois surprenante à ses yeux, de diverses questions. La démarche ne se réduit sans doute pas à cette inflexion mais elle s’en trouve appauvrie. Elle néglige la mise en contexte et l’influence des cadres sociaux qui auraient permis de dévoiler la dimension sociale de ce conflit, la nature et les fondements des profondes contradictions qui se développaient au sein du camp républicain et l’enjeu politique central que représenta la définition du régime à défendre dans la guerre.

Publié le 1 juin 2005 à 16 h 45 | Mis à jour le 1 juin 2005 à 16 h 45