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Numéro 78

Édouard Zarifian

LA FORCE DE GUÉRIR

Préface de Marie-Christine Navarro
Odile Jacob, Paris, 1999
195 pages
29,95 $

Disons-le tout de suite : ce livre de vulgarisation n’apporte rien de nouveau, ce qui ne le rend pas inutile, bien au contraire. Outre le fait qu’il met en lumière à l’usage des néophytes les particularités des interventions des psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes, naturopathes, homéopathes, ostéopathes et autres thérapeutes, il contribue à défaire l’illusion projetée aujourd’hui par la génétique. Non, toute pathologie physique ou psychique ne renvoie pas à une source chromosomique pour la simple raison que l’homme « est le résultat d’une accumulation de niveaux d’organisation et de saut d’échelle de complexité qui ne permettent pas à la molécule ou au gène d’expliquer ni de comprendre à eux seuls les comportements ». Dans un contexte où l’appareil médical – prisonnier (et souvent d’ailleurs volontairement collaborateur) des bureaucrates, des consultants en stratégie d’entreprise de même que des querelles intestines entre les différents corps professionnels – rejette rapidement le malade à la périphérie de ses préoccupations, comme s’il dérangeait, Édouard Zarifian, en psychiatre critique mais respectueux de ses pairs, plaide tout simplement et très justement pour « une médecine de l’homme », forte de sa spiritualité et de son expérience. De là vient le tapage qu’il provoque entre les murs des institutions.

Car, ose-t-il prétendre, le temps constitue un facteur essentiel de la relation thérapeutique et les trucages cinématographiques d’émissions comme Trauma ont peu à voir avec la réalité quotidienne de l’exercice de la médecine. « Savoir écouter, c’est savoir attendre le moment du récit choisi par le soigné. C’est pouvoir mériter le savoir que le patient détient sur lui-même. » Sous leur apparente banalité, ces deux phrases recèlent un enseignement que plusieurs pontifes de nos écoles et plusieurs petits mufles tout frais diplômés auraient avantage à suivre. Estime-t-on à sa juste mesure le récit du soigné, des représentations et de la construction imaginaire qu’il se donne de sa douleur ou de sa souffrance ? Sait-on à quel point la disponibilité et l’intérêt du soignant sont fondamentaux pour la mise en branle des processus d’autoguérison permettant seuls aux interventions extérieures de trouver leur efficacité ? Au-delà du vieux débat entre une médecine des organes et une médecine des sens, Édouard Zarifian opte pour une médecine de la parole. J’ajouterais quant à moi du corps, ce disparu de nos centres hospitaliers.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 17 février 2015 à 12 h 16