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Numéro 86

Eugène L'Écuyer

LA FILLE DU BRIGAND

Nota bene, Québec, 2001
170 pages
8,95 $

Dans le cadre d’une relecture et d’une réévaluation du passé littéraire, plusieurs éditeurs se lancent dans la récupération d’écrits perdus ou, à tout le moins, oubliés. Aucune surprise de constater qu’un des « meilleurs » romans québécois du XIXe siècle (voir l’anthologie du même nom, publié par Gilles Dorion chez Fides en 1996), le premier ouvrage d’Eugène L’Écuyer, La fille du brigand, composé en 1844, paraisse maintenant dans une édition « commentée ». Ce qui surprend c’est que deux éditeurs aient, en même temps, l’idée de rééditer ce roman. Manifestement, ils s’adressent à deux publics cibles. On peut donc parler ici de complémentarité plutôt que de concurrence. D’une part, Nota bene en a fait une édition populaire, avec tout ce que cela comporte d’économie de moyens : un format de poche, un texte en petits caractères, une impression sur papier de moindre qualité, un prix bon marché, une présentation brève (par le professeur Michel Lord) et une bibliographie sommaire. D’autre part, les Éditions de la Huit, reconnues pour leurs publications soignées et leurs rééditions d’ouvrages devenus introuvables, en ont fait une édition savante, destinée surtout aux collectionneurs et aux amateurs d’histoire et de littérature ancienne. Cette maison, fondée et dirigée par Rémi Ferland, a retenu le roman dans sa collection « Les anciens ». Il ne lésine pas sur les moyens : imprimé sur un papier de qualité, le roman comporte une introduction substantielle et une bibliographie exhaustive. La réédition comprend non seulement le roman de 1844, mais des œuvres choisies, parmi lesquelles on retrouve huit nouvelles (sur 22), des chroniques et autres textes en prose, ainsi que quelques poèmes du notaire L’Écuyer. L’éditeur a fait appel à un spécialiste de la vie littéraire au XIXe siècle, Jean-Guy Hudon, pour présenter l’homme et l’œuvre. Celui-ci avait consacré jadis son mémoire de maîtrise à l’étude de cet auteur, dont aucune des œuvres n’a été éditée en volume de son vivant. Bien documentée, l’introduction de plus d’une centaine de pages constitue un livre en soi et sert de tremplin pour examiner la carrière du notaire-journaliste-conférencier et situer sa production dans le contexte du Québec de la deuxième moitié du siècle. Des présentations aussi méticuleuses, qui rendent la lecture de ces ouvrages anciens tellement plus agréables, inciteront peut-être d’autres chercheurs à réexaminer d’autres textes clés de notre patrimoine littéraire.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21