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Numéro 81

Jean-Guy Noël

LA FAMILLE GRENOUILLE

Québec Amérique, Montréal, 2000
214 pages
22,95 $

Les années 1950, bien qu’elles aient été à l’origine de ce qu’on a appelé les trente glorieuses, ont été à bien des égards une décennie de la honte pour l’Amérique. C’est celle du maccarthysme aux États-Unis, celle de la grande noirceur au Québec. Décennie du capitalisme triomphant, âge d’or du développement des banlieues, moment de la généralisation des valiums et autres tranquillisants. La famille Grenouille est bien de son temps.

Ce roman est un immense flash-back. Le narrateur, écrivain à succès, passe un mauvais quart d’heure alors qu’il tente de régler ses comptes avec son passé, avec sa famille, surtout avec sa mère. Il raconte son premier voyage à Old Orchard Beach. Les parents ont emmené pour la première fois leur fille aînée, leur seul fils et les jumelles à la plage. C’était le temps où on pouvait rouler pendant des heures à six en voiture. Pour ce voyage, la famille immédiate du narrateur se fait accompagner d’un oncle et d’une tante. L’oncle a tout pour lui, sauf qu’il est chef de police à Dorval et qu’il fraternise avec ses confrères de Nouvelle-Angleterre. Il en résulte beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

Ces vacances idylliques, la mère du narrateur les passe enfermée dans sa chambre. Elle ne parle à personne, elle pleure la plupart du temps. Les enfants en conçoivent de la culpabilité, en tout cas sont perplexes ; le père tente de faire comme si tout était sous contrôle, donnant surtout le change à son frère policier. L’été passe, comme un long fleuve tranquille. Le conteur d’histoires cherche sa part de responsabilité dans la dépression de sa mère. La sœur aînée tente désespérément de tomber en amour, sinon enceinte. Les sœurs cadettes ‘jumelles’, pourtant très sages jusque-là, deviennent de plus en plus étranges à mesure qu’approche la fin des vacances, prenant bientôt les mouettes pour cibles avec le pistolet de service réglementaire de la police de Dorval Un grand moment de littérature québécoise.

Le tout se termine bien. L’auteur se console en apprenant de son père que la dépression et tous les malheurs de sa famille sont issus d’un lourd bagage « génétique ».

Un roman souvent drôle, avec des descriptions justes d’une époque, qui laisse néanmoins perplexe : les personnages manquent de substance, les intrigues sont à peine effleurées, la fin est en queue de pleuronecte. Vivement que Jean-Guy Noël récidive, son talent est prometteur.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 25 mars 2015 à 9 h 27