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Numéro 97

Henry David Thoreau

LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE

Trad. de l'américain par Sylvie Chaput
Typo, Montréal, 1994
120 pages
14,95 $

En 1846, alors qu’il quittait sa cabane au bord du célèbre lac Walden, Henry David Thoreau fut interpellé par un représentant de la justice qui le pria de rembourser les impôts qu’il n’avait pas payés depuis quatre ans. L’écrivain refusa et passa la nuit en prison. Par cet acte, il voulait s’opposer à l’esclavage que pratiquait en toute légitimité la moitié du pays. Déjà, à l’époque, plusieurs réunions et manifestations abolitionnistes avaient eu lieu. Mais le gouvernement s’entêtait à ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires des États du Sud. Durant cette même année, les États-Unis, qui voulaient étendre leurs frontières, avaient déclaré la guerre au Mexique ; un conflit qui se termina deux ans plus tard par l’annexion au pays du Nouveau-Mexique et de la Californie. C’est aussi à cette guerre, à l’achat d’armes, que s’opposait Henry David Thoreau dans la conférence qu’il donna en 1848 devant une assemblée indifférente, où il relatait cette fameuse nuit en prison et les raisons de son acte de refus. Personne, même pas les journaux, ne prit au sérieux les propos quelque peu anarchistes de ce marginal. Cette conférence fut publiée sans retentissement l’année suivante dans une revue transcendantaliste sous le titre La relation entre l’individu et l’État, puis un an après la fin de la guerre de Sécession dans un recueil posthume d’œuvres avec le titre qu’on lui connaît maintenant. Même si en 1917 le livre était en librairie et dans les bibliothèques, la féministe anarchiste Emma Goldman était arrêtée pour en avoir lu des extraits en public, de même qu’Upton Sinclair lors d’une grève en 1930 ; quelques mois plus tard, cette même année, des policiers ont pilonné un numéro d’un journal italien de New York parce qu’il contenait une traduction de La désobéissance civile. Mais qu’y avait-il là-dedans de si subversif ?

À l’instar de certains de ses contemporains européens, Thoreau y décriait l’embrigadement idéologique. Il invita directement les fonctionnaires, moteur de l’État, à abandonner leur poste. Ils devaient prendre conscience qu’ils étaient plus que les rouages interchangeables d’une machine divine, qu’ils étaient en soi l’État, qu’ils participaient activement et non passivement à la mise en œuvre des mesures discriminatoires. Aujourd’hui ils sont nombreux les intellectuels, soutenus par l’État qui le conspuent secrètement pour se donner bonne conscience. Il faut bien vivre ! À chacun sa croûte ! Comme dira Nietzsche quelques années plus tard : « De petites actions non conformistes sont nécessaires ! », mais on en vient à accepter l’intolérable quand un individu dont on reconnaît la valeur se plie aux règles du jeu. Selon Thoreau, chaque individu qui compose la collectivité se doit de prendre la parole pour lui-même et de s’insurger quand la liberté d’un autre est mise en péril, sans attendre l’assentiment de la majorité. Et l’indépendance, à cet égard, est essentielle.

« J’adhère de tout cœur à la devise selon laquelle ´le meilleur gouvernement est celui qui gouverne moins` », déclare l’homme des forêts. Vision idéaliste ? En effet, pour ceux qui veulent assurer leur sécurité et qui pensent à protéger leur fonds de pension

Publié le 24 novembre 2004 à 14 h 11 | Mis à jour le 15 février 2015 à 7 h 47