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Françoise Dorion

LA COURTE PAILLE

Plon, Paris, 1999
286 pages
24,95 $

Qu’est-ce que la chance ? Est-ce que ça se cultive ? Ça se pourrait bien, alors comment faire ? Françoise Dorin se hasarde à supposer que la baraka pourrait être la rencontre de l’occasion, de l’attention et d’un autre ingrédient comme qui dirait énigmatique. Et pour corroborer sa théorie, elle dresse le portrait de deux demi-sœurs aux destins diamétralement opposés. L’une, Bulle Cooling, a confiance en son étoile (l’Étoile de la bergère) et s’en remet à elle comme à un oracle pour toutes décisions petites ou grandes de son existence. Et parce qu’elle connaît l’adage qui veut que le Ciel aide la personne qui s’aide, eh bien Bulle cultive la pensée positive, les santés physique et psychique, et, en plus, apprend à exister aux personnes qui n’ont plus vraiment de raisons de vivre. De toute façon, Bulle a une tête de destin. Sa demi-sœur, c’est moins certain. D’aucuns la surnomment même « la transparente ». Et il est vrai qu’elle n’a pas de pot ou pour être plus exact fait tout pour ne pas en avoir. À longueur de journée, elle se shoote à la médisance et crache sa bile sur le monde entier forcément responsable de ses échecs littéraires. Car Anaïs Morane est une excellente correctrice de l’ombre qui voudrait devenir une romancière adulée des flashes des photographes, sans jamais prendre note des critiques constructives des écrivains célèbres qui l’entourent.

Certaines réussites s’expliquent, certains échecs aussi. Alors la destinée serait programmée au départ ? À moins que chacun soit libre de s’autoprogrammer ? Bulle, elle, est très attentive aux coïncidences de la vie. Et afin que le lecteur prenne conscience de ces concours de circonstances quotidiens et soit capable, désormais, d’en pressentir l’éventualité, Françoise Dorin en crée de vraiment énormes et soutient par ce biais que le doute est un frein qui volatilise la chance tandis que la foi est une usine qui peut rapporter gros. La chance, ça se travaille par une méthode infaillible qui se nomme autosuggestion intensive : se persuader que ça va arriver, sans poireauter naïvement. Mais dans ce programme incantatoire de remise en charme, il reste quand même à invoquer fées, anges, trèfles à quatre feuilles afin de s’attirer les bonnes grâces de Dame Chance. Et espérer l’étincelle divine mystérieuse qui fait la félicité des uns et la frustration des autres, mais qui reste introuvable dans toutes les bonnes quincailleries.

Un moyen de se dessiner un destin comme d’autres dessinent des moutons : ne pas rêver à côté mais au-dessus de sa tête.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 21 décembre 2014 à 16 h 45