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Yannick Roy

LA CAVERNE DE MONTÉSINOS

ESSAI SUR LES MAUVAIS LECTEURS DANS LE ROMAN

Nota bene, Québec, 2001
113 pages
20,95 $

Le titre de ce premier livre de Yannick Roy, étudiant au doctorat en littérature à Mc Gill, fait référence à l’épisode de Don Quichotte, où le héros remonte de la caverne de Montésinos peu de temps après y être descendu, pour décrire les choses incroyables qu’il y a vues. Alors que pour l’ensemble du roman de Miguel de Cervantès le lecteur est réduit à voir en don Quichotte un fabulateur, guidé en cela par les réparties de Sancho et les interventions du narrateur, dans cet épisode-ci, le lecteur ne le peut, car ni le narrateur, ni Sancho n’a suivi le chevalier dans la caverne mystérieuse. Pour Yannick Roy, pas plus le lecteur que les personnages témoins − Yannick Roy considère ici le narrateur comme un personnage, puisqu’il n’en sait pas plus que Sancho − ne peut conclure hors de tout doute que le héros fabule. L’essayiste fait de la caverne de Montésinos la métaphore du monde fictif auquel le lecteur n’aura jamais accès autrement que par la voix qui raconte. Or, de dire Yannick Roy, dans les romans où l’auteur n’intervient pas, préférant céder la place à la vision de ses personnages − ce qu’il appelle le dialogisme, terme emprunté à Mikhail Backhtine − le lecteur reste dans l’expectative quant à l’interprétation à donner au roman. Pour étayer sa démonstration, Yannick Roy explore Madame Bovary, où, observe-t-il, « Flaubert […] s’enferme dans un profond silence, laisse son héroïne et les autres personnages parler du monde, leur cède toute la place. »

L’essayiste voit dans ces deux exemples de romans dialogiques une impossibilité pour le lecteur d’accéder à la réalité, la voix de l’auteur disparaissant sous celle des personnages. En conséquence, il affirme que « [c]ette conception du roman est incompatible avec celle qui consiste à chercher, dans les romans, ce qui est dit du monde réel », comme le font les mauvais lecteurs, tels les personnages de don Quichotte et d’Emma Bovary eux-mêmes.

Yannick Roy emprunte, il me semble, des chemins plus tortueux que ne l’exigerait sa thèse, laquelle, d’ailleurs, demanderait à être mise à l’épreuve par l’analyse de composantes romanesques autres que la voix narrative.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 18 mars 2015 à 15 h 58