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Jean-Marie Pelt

LA CANNELLE ET LE PANDA

Les grands naturalistes explorateurs autour du monde

Fayard, Paris, 1999
321 pages
32,95 $

Ce livre, qui présente nombre de faits historiques associés aux découvertes d’espèces végétales et animales comme la cannelle et le panda, est surtout le récit de la vie de personnages fascinants, d’explorateurs qui ont marqué, de l’an 131 de notre ère à l’an 1995, les sciences naturelles : botanique, zoologie et géologie. Certains sont peu connus comme Dioscoride, Pierre Belon, André Thévet ou la famille Jussieux, alors que d’autres sont des célébrités : Carl von Linné, Joseph Banks, Alexander von Humboldt et, le plus célèbre de tous, Charles Darwin. Ce sont tous des êtres hors du commun mais quelques-uns sont vraiment fantastiques comme Jean Henri Fabre qui a passé sa vie en Occitanie à identifier des insectes mais aussi à en étudier les mœurs. Son œuvre principale, Souvenirs entomologiques, réputée autant pour ses qualités scientifiques que littéraires, compte des milliers de pages.

Autre personnage extraordinaire, Théodore Monod. On dit de lui que c’est le dernier des grands explorateurs. Connu comme étant l’Homme du Sahara, il a découvert et nommé, au cours de sa très longue — 75 ans — et très prolifique carrière, 9 genres nouveaux et 158 espèces non encore répertoriées, « soit 32 espèces végétales, 20 espèces d’animaux inférieurs, 6 espèces de Mollusques, 48 espèces de Crustacés, 7 espèces d’Araignées, 29 espèces d’Insectes, 10 espèces de Poissons, et une d’Oiseaux ». On découvre que Monod était non seulement un scientifique de grande valeur mais aussi un philosophe et un humaniste.

S’il faut reconnaître des défauts à ce livre, disons que parfois il pèche par certains tics communs aux intellectuels français. Ainsi, pour Jean-Marie Pelt, un scientifique digne de ce nom se doit de « monter à Paris » avant d’envisager de faire carrière. L’œuvre de Linné serait méconnue hors de Suède parce qu’il n’écrivait qu’en suédois et en latin. Peut-être est-ce le cas en France, mais le nom de Linné est célèbre partout ailleurs dans le monde ; n’est-il pas l’inventeur du système de nomenclature établissant les catégories du genre et de l’espèce ? En bien des endroits du monde, dont au Québec, on trouve des sociétés linnéennes ; Linné n’est pas tombé dans l’oubli.

Malgré ce bémol mineur, le livre est merveilleux et l’auteur ne s’est pas borné à rassembler des biographies d’explorateurs. Il note en effet en conclusion que le temps des explorateurs en sciences est bel et bien terminé, que ceux-ci doivent céder la place aux généticiens moléculaires. Avec la science des gènes, l’analyste de la nature disparaît au profit du spécialiste en génie biologique qui forge la nature selon ses exigences. Il note que ce processus n’est plus entre les mains des seuls scientifiques, mais qu’il est soumis aux visées de quelques multinationales pressées de réaliser des profits. Il appuie la saine réaction des gens qui réclament, devant la multiplication des organismes génétiquement modifiés, que s’appliquent des valeurs telles que la conscience, la modération, le discernement et la prudence. Courez vous procurer le livre de Jean-Marie Pelt, un livre qui rend intelligent.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 5 février 2015 à 18 h 54