Josée Bilodeau

KILOMÈTRES

Les Intouchables, Montréal, 1999
84 pages
14,95 $

Une délicatesse à fleur de peau court dans ces brefs récits, miniatures du quotidien montréalais d’une jeune femme que des kilomètres séparent de l’espace émotionnel de son enfance dans une petite ville du Nord. Si « l’or du ventre de cette terre se reflète parfois dans le ciel », il irradie aussi tout le recueil d’une lumière qui adoucit les angles d’une réalité complexe. Il y a dans l’écriture de Josée Bilodeau un fin réseau de résonances, une attention à « ne pas briser l’équilibre fragile de l’échange ». Dans ce premier livre, l’auteure établit subtilement un contrat de lecture qui est du domaine de l’apprivoisement. Tous les récits racontent des moments d’intimité, de la narratrice avec elle-même d’abord, dans la douleur d’une rupture ou la contemplation d’une toile exposée sur le mur d’un café. Mais aussi l’intimité avec les proches, les amies, l’homme qu’elle aime. Au cœur du livre, ce souvenir : la petite sœur qui ne sait pas encore lire, debout sur le seuil de la chambre de la grande sœur absorbée dans sa lecture. La petite attend « la brèche dans l’attention » qui lui permettra de ramener sa sœur à elle. Émouvant chagrin dont on retrouve l’écho transmuté dans la chute du récit : elle-même plongée dans un livre, des années plus tard, elle surprend la même faim d’attention dans le regard du fils de sa sœur et abandonne sa lecture pour aller jouer au hockey avec le petit garçon. Et c’est encore une variante du même motif quand un homme lit et que la femme qu’elle est devenue peut ainsi « le regarder longtemps sans [l’]intimider ». Kilomètres est un livre singulièrement touchant. On y entend une voix neuve, rafraîchissante.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 24 novembre 2014 à 17 h 30