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Janik Tremblay

JULIE DE SAINT-LAURENT

UNE HÉROÏNE MÉCONNUE DE NOTRE HISTOIRE

Trait d'Union, Montréal, 2002
388 pages
29,95 $

Avec son troisième ouvrage, Janik Tremblay aborde le roman historique : sous un angle vérifiable et vérifié, elle relate les trois premières des trente années que dura, à partir de 1790, la liaison du prince Édouard de Kent, quatrième fils du roi George III d’Angleterre et père de la future reine Victoria, avec sa maîtresse française Julie de Montgenet, baronne de Fortisson, dite aussi Madame de Saint-Laurent. L’« autrice », comme tient à se désigner Janik Tremblay, s’appuie pour cela sur des sources sûres, dont The Prince and His Lady de Mollie Gillen, qui a également signé l’article « Montgenet […] » dans le sixième tome du Dictionnaire biographique du Canada, en 1987. Respectant les contraintes inhérentes au genre, le roman restitue la vie d’individus particuliers de même que l’époque et les lieux dans lesquels ils ont vécu.

Mais, car il a un « mais », l’imbrication dans la trame romanesque de ces éléments attendus survient souvent de façon artificielle, le narrateur faisant régulièrement office d’informateur, au sens ethnographique du terme. Qu’on songe ici aux explications entourant la légende du Chien d’Or à Québec, le serment du Test, la querelle des Bouffons à Paris, en 1752, la traversée du fleuve Saint-Laurent en hiver, la décoction d’écorce d’aubépine destinée à soulager l’insomnie, la couture d’objets en écorce de bouleau avec des poils d’orignal teints… Il y a encore ces bals, repas, promenades en traîneau et réceptions de toutes sortes, qui sont parfois de purs prétextes pour convoquer, de façon énumérative, les grands noms de l’histoire canadienne du temps. Les tableaux respirent de toute évidence l’authenticité, mais leur insertion plus ou moins habile provoque parfois une lenteur diégétique (du récit) que certains tics d’écriture viennent régulièrement appuyer : sous prétexte d’un changement d’interlocuteur, le narrateur est-il justifié, par exemple, de reprendre des propos déjà connus du lecteur ? Les répétitions lexicales rapprochées trahissent de même parfois un peaufinage scriptural inadéquat, comme ici, dans la bouche de Julie : « […] j’aimerais demeurer dans la chambre que j’occupe présentement. Ma femme de chambre occupe la chambre voisine […] ».

Loin d’entraîner un constat d’échec romanesque, ces quelques remarques veulent souligner un certain manque de souplesse et de naturel qui menace constamment l’intérêt de la patiente et pertinente reconstitution historique à laquelle procède Julie de Saint-Laurent.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 3 décembre 2014 à 15 h 49