JOYLAND

Stephen King

JOYLAND

Trad. de l’américain par Nadine Gassié et Océane Bies
Albin Michel, Paris, 2014
324 pages
29,95 $


Par Simon Roy

1973, c’est l’été des 21 ans de Devin Jones. Sans doute le plus bel été de sa vie, jugera le narrateur avec la sagesse du recul. L’étudiant vient de se faire embaucher comme homme à tout faire à Joyland, un parc d’attractions de second ordre néanmoins prisé des habitants de la Caroline du Nord. Le même jour, on peut l’assigner à l’activation de la manivelle de la grande roue puis lui faire revêtir le déguisement de Howie le Chien, cette mascotte qui amuse tant les jeunes enfants. Joyland, c’est là où se vend du bonheur, comme le dit le slogan de l’entreprise.

Or tout n’a pas toujours été rose bonbon au parc d’attractions. Quatre ans auparavant, un meurtre a été secrètement commis dans l’obscurité de la maison hantée. Depuis, de nombreux témoins jurent avoir vu le fantôme de Joyland, celui de la jeune femme qui a été égorgée par son petit copain désormais introuvable.

Puisqu’il s’agit d’un roman de Stephen King, il ne faut pas s’étonner d’observer dans la trame du récit certaines accointances avec l’horreur. Toutefois le fantastique n’apparaît qu’en filigrane, tout subtilement ; les forces de Joyland sont en effet ailleurs, perceptibles dans le développement approfondi des relations entre les personnages, dans cette humanité qui se dégage de leurs rapports. À cet égard, la tonalité de Joyland est à rapprocher de La ligne verte.

Cette sociodynamique particulière se remarque notamment dans la première partie du roman, où on assiste à la formation du jeune Devin, initié à la routine des employés du parc d’attractions. Avant de se transformer en roman d’enquête autour de meurtres en série perpétrés par un psychopathe, Joyland est une œuvre sur l’amitié loyale, mais aussi sur les deuils et les abandons. Gérant tant bien que mal les contrecoups d’une récente déception amoureuse, Devin Jones caresse avec complaisance ses plaies ouvertes d’amours trahies.

Bien que les 75 dernières pages soient rien de moins que palpitantes, tragiques et émouvantes – Stephen King y est alors au sommet de son art –, il est regrettable que la lecture de Joyland, en raison de sa traduction hexagonale, franchouillargotique, devienne irritante pour le lecteur francophone nord-américain qui lit pourtant le texte d’un auteur vivant sur le même continent que lui.

Publié le 9 juillet 2015 à 14 h 53 | Mis à jour le 9 juillet 2015 à 14 h 53