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Martin Michaud

QUAND J’ÉTAIS THÉODORE SEABORN

Goélette, Saint-Bruno-de-Montarville, 2015
423 pages
24,95 $

 La Syrie. En ces mois de désolation, alors qu’on assiste impuissant autant à l’exode de milliers d’immigrants cherchant refuge en Europe et ici au péril de leur vie, qu’aux attentats meurtriers de Paris et d’ailleurs, Daech – le groupe armé État islamique (EI) installé notamment en Syrie et en Irak – est au cœur des inquiétudes. Avec Quand j’étais Théodore Seaborn, Martin Michaud ne pouvait mieux viser avec ses personnages égarés dans un Moyen-Orient dévasté par la folie mystique.

Né en 1970, l’ex-avocat montréalais est aujourd’hui un professionnel du polar. Lauréat du prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier en 2010, 2011 et 2013, entre autres distinctions, Martin Michaud dévie de sa route pour nous offrir un formidable thriller d’espionnage, dont la qualité d’écriture vient enrichir l’originalité du sujet, du scénario et de la structure.

Le protagoniste Théodore Seaborn est un publicitaire au chômage, en pleine crise existentielle, qui déprime dans son appartement montréalais. Il écoute les retransmissions de la commission Charbonneau et carbure à la cocaïne, aux antidépresseurs et aux Coffee Crisp. Jusqu’à ce qu’il rencontre son double au café du coin et que sa vie passe à une vitesse supérieure. Et s’emballe. « J’ai compris que la menace mortelle que je redoutais tant venait de se matérialiser. »

Seaborn, sosie du professeur Atallah, est enlevé et après avoir passé clandestinement la frontière turco-syrienne, se retrouve dans un laboratoire secret de Racca, capitale autoproclamée de Daech. « De la terreur et un profond dégoût m’ont envahi. » S’il réussit à donner le change à ses geôliers islamistes, c’est qu’il est lui-même québéco-libanais de confession musulmane. Afin de passer inaperçu et aussi pour ne pas sombrer dans la démence que pourraient engendrer les monstruosités croisées sur son chemin, Seaborn revient à ses pratiques religieuses, nous en faisant découvrir les coutumes et les rituels de prières par la même occasion.

Seaborn-Atallah traversera l’enfer, retrouvera des personnages de son enfance perdus de vue depuis longtemps, et comprendra qu’un sens de l’humanité peut exister en tout être humain, parfois bien faiblement il est vrai, même chez ses bourreaux djihadistes. Après de multiples revirements-chocs, il en résoudra l’énigme et son retour au calme du Québec sera fort apaisant, autant pour le personnage que pour les lecteurs.

On s’incline devant la qualité de la recherche de l’auteur qui nous permet de découvrir des mondes quasi inconnus, bien que certaines scènes de violence et de torture soient insoutenables. On applaudit l’habile thriller, entremêlé d’histoire géoreligieuse, d’éléments sociopolitiques contemporains et de philosophie humaniste, et mené de main de maître. À lire, vraiment.

Publié le 10 avril 2016 à 8 h 28 | Mis à jour le 6 avril 2016 à 14 h 59