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NUIT BLANCHE

Il ne fait pas bon avoir vingt ans dans l’univers romanesque de Jonathan Harnois. « Nous sommes abominés de ne rien voir de frais, de vert ; [ ] les prés sont du bitume lisse, les arbres sont des cheminées, et les êtres les êtres s’effacent, ne se montrent que pour blasphémer en vain, et lever leur petit poing en l’air avant que leur corps douloureux ne se replie sur lui-même. » Coincée dans cet étouffant univers, la jeunesse est comme la foule, elle « retient son souffle, anesthésiée ». Entre les études et le boulot, Ludovic, le narrateur du récit, possède pour seules oasis les rituelles soirées de fête du mercredi : « La lumière est revenue dans mon petit cœur alors que se déploie devant moi une exquise saoulerie ». Pour le jeune homme, nul besoin de chercher un sens à ces rencontres hebdomadaires : l’amitié qui l’unit à Félix, Andelle et Vincent représente et comble tout. Mais un soir, après la baignade dans les eaux froides de l’automne, Félix, le grand colosse, confie son mal-être à son meilleur ami, lui dit que la vie est souffrante et éphémère, que ça ne sert à rien, que le monde et lui « c’est deux morceaux de vitre cassés qui ne se recolleront jamais ». Ludovic n’est pas parfaitement heureux, lui non plus. Mais pour survivre, il s’accroche à l’espoir d’un ailleurs heureux, contrairement à Félix, qui « se voit bloqué de partout ». Les confidences sont lourdes, ce soir-là.

Jeudi, lendemain de la fête, le réveil est brutal. Félix est mort. Suicide. Dès lors, plus rien n’a de sens pour Ludovic, qui tangue entre la colère et le repli. Heureusement, Andelle reste présente, et c’est en sa compagnie que Ludovic effectuera un pèlerinage vers la ville natale de Félix. Car après tout, aucune fuite n’est utile

Récit poignant et sensible, Je voudrais me déposer la tête aborde le délicat thème du deuil avec beaucoup de doigté. Malgré quelques inégalités, la plume de Jonathan Harnois s’avère généralement juste, à la fois lucide et poétique. Dans son premier roman, le jeune auteur est parvenu à faire pénétrer la douleur au cœur même de l’écriture. Voilà une réussite qu’il faut absolument saluer.

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