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Jadis, si je me souviens bien...

Georges-Hébert Germain

JADIS, SI JE ME SOUVIENS BIEN…

Libre Expression, Montréal, 2013
264 pages
24,95 $

Ce récit du prolifique auteur, notamment biographe de célébrités, révèle cette fois une parcelle de son intimité. Car parler de son enfance, de ses parents et de sa famille appartient bien au domaine de l’intime. N’empêche que maints Québécois se reconnaîtront dans ce récit, tout singulier soit-il. À partir de lambeaux de souvenirs, Georges-Hébert Germain fait revivre la campagne des années 1950, plus précisément Les Écureuils, village du comté de Portneuf. Lambeaux de souvenirs que la fratrie viendra compléter, infirmer ou confirmer dans de courts commentaires que le narrateur ajoute en P.S., P.P.S. et même P.P.P.S., Germain étant bien conscient des lacunes de la mémoire, d’où le titre.

Pour l’enfant, Les Écureuils, c’était la proximité de la famille élargie, la nature, la liberté de courir par monts et par vaux et de nager dans le grand fleuve. Images de bonheur pour celui qui a été chéri et qui a passionnément aimé sa mère. Est-ce cet amour ou une aptitude innée au bonheur qui explique la trajectoire et la force du garçon qui joue au hockey avec des patins usagés trop grands pour lui ou, alors qu’il est pensionnaire au collège, porte de vieux vêtements démodés ayant appartenu à un ami de son père d’un tout autre gabarit que le sien ? Il s’accommode de tout, affronte la risée sans éprouver de gêne, vivant de l’insouciance de l’enfance, et peut-être aussi de privilèges accordés à l’aîné des garçons, deuxième enfant de la famille.

Fidèle aux exhortations des curés de l’époque, sa mère met un enfant au monde chaque année, jusqu’au quatorzième, en dépit de problèmes de santé et de la pauvreté de la famille. Car le père, buveur, quoique fier de sa famille nombreuse, peine à lui fournir le strict nécessaire. Si le narrateur a pu étudier, c’est grâce à une bienfaitrice anonyme. Tout porte à croire qu’il en a été de même pour six des huit garçons qui ont fréquenté l’université. Quant aux filles, à l’exception de la dernière, Germain reconnaît maintenant qu’elles n’ont pas eu la même liberté que lui, ni les mêmes privilèges. Il s’étonne qu’elles ne nourrissent pas d’amertume à son égard. Loin de là, la famille est soudée.

Bref, le récit de Germain touche par sa capacité d’évocation, par sa sincérité et sa simplicité. Un récit où la tendresse et l’autodérision de l’adulte revisitant son enfance font contrepoids aux mesquineries de bien-nantis qui font quotidiennement la une.

Publié le 2 avril 2014 à 11 h 27 | Mis à jour le 14 novembre 2015 à 17 h 06