Numéro 114

Yves Lever

J. A. DESÈVE

DIFFUSEUR D'IMAGES

Michel Brûlé, Montréal, 2008
299 pages
19,95 $

Joseph Alexandre DeSève (1896-1968) fait partie, selon le réalisateur de l’ONF Jean Roy, des 100 Québécois qui ont fait le XXe siècle ; pourtant, il demeurait l’une de ces seules figures importantes à ne pas avoir fait l’objet d’une biographie. Producteur de longs métrages et fondateur de la station Télé-Métropole (le Canal 10 de Montréal, l’ancêtre de l’actuel réseau TVA), DeSève se révèle un pionnier de la diffusion des films et de la télévision au pays.

J. A. DeSève n’est pas un réalisateur ou un metteur en scène ; c’est un homme d’affaires qui travaille comme producteur de films, distributeur, puis administrateur. Au début du cinéma parlant, DeSève importe de France des longs métrages pour les distribuer dans les salles de cinéma du Québec. Ces titres font concurrence aux films hollywoodiens qui – sauf exception – ne seront doublés en français qu’à partir des années 1950. Le public canadien-français des années 1930 et 1940 a alors le choix entre deux catégories : des longs métrages américains (films policiers, westerns, comédies musicales) dont on ne comprend presque rien, ou des films « à l’accent français » que DeSève importe d’Europe. Durant la Deuxième Guerre mondiale, pour faire face à la pénurie de nouveaux longs métrages venus de France, DeSève produira même divers spectacles, tout en devenant la cheville ouvrière de France-Film (surtout entre 1937 et 1942), puis de Renaissance Films Distribution, qui produira certains des premiers longs métrages québécois entre 1949 et 1952. Sa compagnie Alliance cinématographique canadienne participera à la production de La petite Aurore, l’enfant martyre, en 1952, et du film Tit-Coq, l’année suivante.

À travers ce parcours, on revoit tout un pan de l’histoire du Québec, avec des allusions aux groupes de pression nationalistes, comme le fameux Ordre de Jacques-Cartier, surnommé « La Patente ». Cependant, Yves Lever reste relativement discret sur la vie personnelle de DeSève, sauf, entre autres, au sujet de certaines liaisons sentimentales. Mon seul reproche envers l’auteur serait d’avoir adopté le style de la biographie, en sacrifiant les notes en bas de page et les mentions précises des sources de chaque information et de nombreuses citations entre guillemets. Néanmoins, par l’ampleur de ses publications (pensons à Anastasie ou La censure du cinéma au Québec, Septentrion) et la rigueur de son travail, Yves Lever confirme qu’il peut être considéré, avec Pierre Véronneau à la Cinémathèque québécoise, comme l’un des grands historiens du cinéma au Québec.

Publié le 22 mars 2009 à 12 h 20 | Mis à jour le 21 janvier 2015 à 10 h 53