Numéro 78

Anne Bergeron

ISLA NENA

Lanctôt éditeur, Outremont, 1999
234 pages
18,95 $

Voici un joli premier roman d’Anne Bergeron. Un récit tout simple à première vue où exotisme, amour et espionnage sont au rendez-vous. En fait, ce livre a bien plus à offrir : c’est un récit sur la science et la relation entre la vérité et l’intérêt, sur la liberté en amour comme au boulot.

Françoise, archéologue montréalaise, est envoyée en éclaireur pour la mise sur pied d’un site de fouilles sur une petite île située quelques kilomètres à l’est de Porto Rico. L’enjeu de la recherche est de savoir si les premiers peuples colonisateurs de la Isla Nena, aussi appelée Viesques, étaient, selon la thèse du professeur Nuñez-Banga, originaires de l’Amérique du Sud ou alors, selon l’opinion de Robert Lewis de la Miami University, de l’Amérique du Nord. Évidemment la thèse latino-américaine conforte les thèses nationalistes et indépendantistes, alors que la thèse nord-américaine favorise le maintien du statut de Porto Rico dans l’union américaine. En bonne scientifique québécoise, le cœur de Françoise penche du côté de Nuñez-Banga, mais elle essaie quand même de conserver une indépendance de bon aloi de même que sa liberté de manœuvre.

Les projets de Françoise vont bon train jusqu’au jour où elle trouve en forêt un récipient scellé contenant plusieurs dizaines de kilos de poudre blanche. Ce qui doit arriver arrive. Les propriétaires de la cocaïne débarquent sur l’île pour rentrer en possession de leur bien. Leurs méthodes sont brutales et la chercheure doit user de ruse et utiliser toutes ses ressources et tout son courage pour faire face à la musique. Cherchant du secours du côté du Québec, de son conjoint et patron, elle ne rencontre qu’indifférence, et c’est un voisin américain soi-disant en vacances sur l’île — en fait agent américain à la recherche de policiers ripoux — qui jouera le bon samaritain.

Romantique tout ça ? Oui, mais il faut dire que c’est intelligent et bien fait ; malgré les maladresses inévitables d’un premier roman, on trouve chez Anne Bergeron une excellente conteuse d’histoires et une commentatrice perspicace de la vie dans les Amériques de la fin du millénaire. Un roman dépaysant et agréable.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 24 novembre 2014 à 14 h 02