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Angela Cozea

INTERRUPTIONS DÉFINITIVES

Héliotrope, Montréal, 2006
202 pages
24,95 $

Quatrième livre d’Angela Cozea, Interruptions définitives marque aussi ses débuts en dehors du champ de la critique littéraire. Après trois essais bien accueillis, dont l’envoûtant Petit traité du beau à l’usage des mélancoliques (2002), Cozea, qui s’entend à rapprocher la philosophie, la peinture et la littérature, effectue un passage réussi à la fiction autobiographique. Dédié « aux hommes et aux femmes qui ont dû partir, de manière définitive », Interruptions définitives est la poignante chronique d’un départ que tout nécessitait. L’auteure y raconte les circonstances personnelles et familiales qui l’ont amenée à quitter sa Roumanie natale à la fin des années 1970, avec deux valises pour seul bagage, mais deux valises remplies d’enfance. Partir, dès lors, c’est mourir beaucoup : les pages où l’auteure capture, à travers le départ de ses parents pour la Grèce, puis les Prairies canadiennes, des signes avant-coureurs de son propre déracinement, comptent parmi les plus réussies du volume. Ce sont loin d’être les seules, au demeurant, car le livre, dans son ensemble, est remarquablement construit et écrit. Dans un habile dosage de sincérité et de pudeur, Cozea présente une succession d’événements vécus qui ont pris la forme du renoncement permanent. Il se dégage de certains d’entre eux un accent doux-amer, tels les premiers émois scolaires, les premiers flirts clandestins ou les premiers appels de l’ailleurs, à travers la découverte de l’art, de la littérature et des langues étrangères, surtout l’espagnol et le français. D’autres faits vécus ont la tonalité chagrine des tragédies intimes : qu’on pense ici aux passages décrivant les avortements pratiqués dans l’ombre, dans des conditions à faire frémir quiconque, qui ont eu pour aboutissement le deuil à faire du don d’enfantement. Filant, sans tomber dans le cliché ni le mélodrame, la métaphore du départ comme structure d’apprentissage socioaffectif, Interruptions définitives propose une rétrospection sans nostalgie ni minauderie, de même qu’une évocation implacable de la Roumanie communiste, avec sa Securitate et sa liberté surveillée, au miroir d’une vie de fillette, puis de jeune femme. Un fort beau texte.

Publié le 20 juin 2007 à 14 h 11 | Mis à jour le 20 juin 2007 à 14 h 11