Numéro 81

Marie-Claire Corbeil

INLANDSIS

SUIVI DE COMMENT DIRE

Triptyque, Montréal, 2000
112 pages
17,00 $

Les éditions Triptyque reprennent ici deux recueils parus il y a quelques années, Inlandsis (Guernica, finaliste au Prix Émile-Nelligan, 1987) et Comment dire (Guernica, 1990). De nombreux textes ont été modifiés par l’auteure : longue maturation, discrétion, retenue ou retrait ménagé loin du monde littéraire ?

« Inlandsis » présente un paysage imaginaire, de glace et de gel, de neige et de boue. Un homme seul avance péniblement dans ce pays dénudé. Il marche vers sa mort, ses os se cassent, il rit, il est fou ! Fracassé par sa propre colère, il s’enlise, réapparaît, s’écroule comme un mur. Reste ce paysage vide et froid, d’où a disparu toute trace humaine. L’auteure nous demande si nous voyons bien cet homme, elle voudrait nous aider à le regarder. Une telle force évocatrice se dégage du texte que nous sommes fascinés par les images et nous essayons de comprendre ; est-ce ainsi qu’évolue notre planète, immuable mais bientôt vide de toute présence humaine ? Les mots nous envoûtent. Dans « Ville » et « Falaise », deux autres textes de ce recueil, les mots collent aux faits, aux moindres glissements, à une lente détérioration, à la perte des lieux ou du rêve. Une ville de béton, où ne circule aucune vie, où les hommes devenus têtes de carton rêvent de franchir le mur qui les entoure. Sur le haut de la falaise, une maison de bois et de verre où l’auteure veut écrire, mais la mer va tout envahir et détruire. L’homme est toujours seul et sans recours, « quand la neige attentive le borde », quand « ils sont seuls, chacun sa boîte, chacun sa pluie ». Comment dire raconte la douloureuse évolution d’une fille, abandonnée et soumise en amour : « N’aimer que lui Sans s’atteindre ». Il disparaît ; peut-être est-il mort ? Elle pense toujours à lui mais elle a changé, elle a un ami. Puis elle change de maison, elle est seule, elle est heureuse. Comment dire heureuse ? « Elle a fini de tracer sa vie comme une ligne droite Dire : Heureuse. Rien d’autre. »

Il est difficile de penser que la vie est toujours aussi tragique ; mais ces textes poétiques nous habitent et nous forcent à réfléchir.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21