Numéro 109

Hélène Cixous

HYPERRÊVE

Galilée, Paris, 2006
213 pages
52 $

Un souvenir d’enfance. J’ai 10 ans, je suis au camp d’été. Je viens d’apprendre que j’ai un père. Hélène Cixous perd le sien – à cet âge précis, infini. Une sortie : nous assistons à un spectacle offert par le Planétarium de Montréal : La fin du monde. Je suis impressionné par la coupole sur laquelle se dessine l’infini du ciel. Toute une heure, je plonge dans le dévoilement du monde qui finit par se retirer sur la musique d’Iron Butterfly : In-A-Gadda-Da-Vida.

C’est de l’hyperrêve – connectant par ce qu’on appelle désormais les hyperliens – d’Hélène Cixous que me sont remontées ces images et tant d’autres celles qui fusaient quand je lisais il-y-a-si-longtemps, avant le temps de ce qu’elle appelle The And of the World, d’autres livres d’elle : Préparatifs ou Angst ou . la liste serait longue, trop longue Et puis Rêve je te dis, suite de L’amour du loup Moins d’animaux, certes, dans Hyperrêve, encore que çachatte Thessie, un jour trahie par sa maîtresse, montre un bout de queue pharaonique.

Pertes, séquence traumatique, interruptions. Hélène soigne sa mère, Ève, juive allemande vivant son veuvage en Algérie pour finir en France. H. masse le dos d’È. Le peint, le tatoue de droite à gauche ce miroir, voile de mouroir. Parce que oui !, cette mère est très malade, atteinte par une maladie de fous qui pense et attaque le ça-peau, ouvre le corps à la confession. Une mère multidépouillée. Et voilà qu’à cette perte vient s’accroître celle de Jacques Derrida, son ami.

Or plus de maladie, de fin, de deuils de faims de deuils. Hélène, conçue sur le sommier de Walter Benjamin, lyrique, tisse la vie qui continue à tisser ses tissus dans le corps de sa mère et de son propre corps. La mort rencontre le vivant en l’Œil Vide Le Grand – j’y entends les nSuds de Mordor et d’un sorcier yaqui, l’anneau de H.C. J.D.

Un texte haptonomique, intensément tactile, touchant à travers voiles du pire et prière de l’entre-(deux)-morts, aux plus hautes Tours, par exemple celles de Montaigne, de Hölderlin, les Twins-Zero. Suspendu au-dessus de l’abîme de l’Oubli, l’hyperrêve, c’est peut-être le réel même, l’impossible, l’au-delà émergeant au sein de la réalité.

Publié le 1 décembre 2007 à 15 h 21 | Mis à jour le 2 décembre 2014 à 13 h 19