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Jacques Beaudry

HUBERT AQUIN : LA COURSE CONTRE LA VIE

Hurtubise HMH, Montréal, 2006
124 pages
18,95 $

Les contraintes universitaires étant strictes, rares sont les études émanant des départements de littérature qui optent pour une grande liberté de ton. Il faut saluer ici le pari de Jacques Beaudry, dans Hubert Aquin : la course contre la vie, qui propose un véritable essai. Perspective personnelle engagée dans une écriture tourbillonnante, sa réflexion vise à justifier le parcours du romancier et à montrer en quoi sa mort s’inscrit dans son entreprise de totalisation littéraire et militante. Élevé au rang de mystique d’une vie libre et entière par Beaudry, soumis à la lassitude d’un monde de fonctionnaires, véritable « suicidé de la société » (la formule revient souvent), Aquin, selon l’essayiste, est un être lucide mais souffrant, un martyr qui porte le combat collectif pour sortir de l’assujettissement. C’est bien à une entreprise de mythification de son parcours politique et littéraire que se consacre Jacques Beaudry, en endossant totalement sa pensée et en montant en épingle deux moments de l’existence de l’auteur de Prochain épisode; à l’écriture de « La fatigue culturelle du Canada français », lieu collectif d’une prise de conscience révolutionnaire, correspondrait une lettre critique adressée à Roger Lemelin alors directeur des éditions de La Presse pour lequel Aquin a travaillé, lettre où il comprend qu’il est pris dans un engrenage qu’il pourfend. Ces deux temps lient son engagement à son œuvre à travers une métaphore de la proie.

L’essai n’est pas sans qualités, notamment une connaissance approfondie de l’œuvre d’Aquin, une capacité à la situer dans un contexte littéraire mondial et un point de vue défendable et documenté. Texte porté par une réelle passion, par un souffle constant, marqué par une idée forte, puissant leitmotiv qui finit toutefois par obscurcir l’œuvre d’Aquin, l’essai de Jacques Beaudry n’en demeure pas moins une hagiographie anhistorique du romancier, lequel mérite davantage comme les analyses d’un Jean-Christian Pleau (dans La révolution québécoise) sur un sujet similaire. L’écrivain vaut plus qu’un assentiment inconditionnel qui fait de lui un prophète christique de la cause québécoise.

Publié le 20 septembre 2006 à 19 h 34 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 10 h 48