Alessandro Baricco

HOMÈRE, ILIADE

Trad. de l'italien par Françoise Brun
Albin Michel, Paris, 2006
180 pages
24,95 $

À toutes les époques, des créateurs occidentaux ont puisé dans les épopées homériques une inspiration pour nourrir leurs œuvres. Alessandro Baricco (Soie, Océan mer), lui, a fait plus. Voulant faire une lecture publique et « digeste » de l’Iliade, il a joyeusement remanié l’original pour lui enlever les « aspérités archaïques » susceptibles de heurter la sensibilité de notre époque. D’abord, Baricco a totalement évacué les dieux du récit, jugés « inutiles sur le plan narratif ». Il a resserré le texte et éliminé les répétitions. Il a également troqué la poésie pour la prose tout en l’adaptant au « je » pour en faire, dit-il, un récit plus incarné. Enfin, des ajouts – mineurs, peu nombreux et bien identifiés dans le texte – sont censés faciliter la compréhension de l’action.

Nous sommes aux derniers jours d’une guerre qui dure depuis dix ans. Menés par Achille et Agamemnon, les Grecs assiègent Troie pour délivrer Hélène, captive de Pâris, le fils du roi Priam. Bientôt, une rivalité à propos d’une femme sépare Agamemnon et Achille, au point où ce dernier décide de se retirer sous sa tente. Il restera à l’écart du combat jusqu’à la mort de Patrocle. Rendu fou par la perte de son bien-aimé, Achille tue Hector, héros des Troyens, et fait subir les pires outrages à son cadavre. Touché par la douleur de Priam venu réclamé le corps de son fils, Achille le lui remet pour que ce dernier reçoive une sépulture digne de son rang et de sa valeur.

Comme son modèle, Homère, Iliade est un récit de fer et de sang qui exalte l’honneur héroïque. Mais, mezzo voce, le texte rappelle inlassablement comment, au-delà de leur adversité, la souffrance unit les hommes : « Il n’y a rien sur la face de la terre, rien qui respire ou qui marche, rien d’aussi malheureux que l’homme ». C’est en cela que ce récit guerrier nous touche encore aujourd’hui. Quant à elle, la « relecture » de Baricco nous livre un texte souvent émouvant où perce, de temps à autre, un reste de sa grandeur d’origine.

Publié le 24 septembre 2006 à 12 h 28 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 17 h 14