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Numéro 104

Russell Banks

AMERICAN DARLING

Trad. de l'anglais (états-Unis) par Pierre Furlan
Leméac, Montréal/Actes Sud, Arles, 2005
393 pages
35,95 $

Russell Banks, auteur célébré de Continents à la dérive, est un immense écrivain pour qui les rapports humains s’établissent toujours sur fond de différence culturelle. Les relations interethniques sont pour lui une façon d’interroger les éléments qui déterminent tout cheminement individuel. Dans son plus récent roman, American Darling, Banks raconte le parcours d’Hannah Musgrave, alias Down Carrington, alias Hannah Sundiata, femme politisée des années 1970 qui quitte clandestinement les États-Unis pour rejoindre le continent africain. Regard rétrospectif d’une existence improvisée, la confession d’Hannah suggère des choix contradictoires où les préjugés, souvent positifs, déterminent davantage les solutions qu’elle adopte que l’analyse rationnelle de sa situation. Pourtant, sa confession oblique, narrée à partir d’une confortable ferme étatsunienne, ne parvient pas à expliciter ses décisions contradictoires. En effet, cette militante des droits civiques et membre de groupuscules étatsuniens d’extrême gauche se transforme, dès son arrivée au Libéria, en femme soumise à un mari impliqué dans les dictatures qui scandent l’histoire de ce pays. Cette contradiction, qui devrait être au cœur de la confession d’Hannah, ne s’éclaircit jamais, ce qui n’est pas sans provoquer un agacement chez le lecteur, qui suitses identités successives, sans établir une cohésion entre ces moments. Alors que le récit devrait reconstituer à rebours cette consistance, la narration d’Hannah ne fait qu’accentuer son incapacité à se situer dans le monde et à passer outre aux chimères qui encombrent son existence. Son amour pour les chimpanzés, qui donne les plus belles pages de ce récit, et sa liaison avec Woodrow Sundiata constituent autant de tentatives pour appartenir à un univers qui crée sa propre unité, mais qui se transforme en violence brute. Roman touffu et complexe, original et précis, American Darling ne répond pas à toutes ses promesses, mais brosse un portrait singulier d’une Afrique vive et crue, à la recherche, elle aussi, d’une cohésion historique et sociale.

Publié le 24 septembre 2006 à 12 h 19 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 16 h 39