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Numéro 82

Yvan Lamonde

HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC 1760-1896

Fides, Montréal, 2000
572 pages
34,95 $

Ce qu’Yvan Lamonde propose dans son Histoire sociale des idées, c’est la synthèse de 30 ans de recherches, depuis ses premiers travaux sur la philosophie et son enseignement au Québec. Le titre tendrait à le rapprocher de la série des ouvrages réalisés sous la direction de Maurice Lemire et Denis Saint-Jacques : La vie littéraire au Québec ; toutefois l’entreprise est plus proche de celle de Fernand Dumont dans les années 1970, sur ce que celui-ci appelait alors les idéologies au Québec. L’ensemble de ces recherches éclaire tant la société que la vie intellectuelle du XIXe siècle québécois.

Si Étienne Parent et Louis-Antoine Dessaulles, tout comme Louis-Joseph Papineau, auxquels il a déjà consacré des ouvrages, peuvent être qualifiés d’« intellectuels », Lamonde n’emploie pas ce terme qu’il réserve implicitement pour le XXe siècle. Ces trois personnages se détachent clairement à l’avant-plan de cette fresque de plus de 500 pages qui suit de près les hauts et les bas de l’histoire politique, de la presse et de l’Église. Est-ce un hasard de l’histoire québécoise si l’ouvrage s’arrête en 1896 avec la querelle des écoles au Manitoba, c’est-à-dire à l’époque même de l’affaire Dreyfus, dont c’est un lieu commun de dire qu’elle a marqué la « naissance de l’intellectuel » ?

Les lecteurs des ouvrages précédents de Lamonde retrouveront ici ses thèses sur le libéralisme. L’accent porte moins sur les notions de nation et de mouvement « nationalitaire » que sur la démocratie et ses institutions (presse et parlement), et la thèse est que, dans l’histoire des idées, la référence politique britannique l’emporte largement sur le modèle culturel français. À plusieurs égards, Lamonde mène un débat implicite avec d’autres interprétations de l’histoire des idées, mais l’insistance, heureuse, sur les textes du XVIIIe et du XIXe siècles laisse ces querelles à des tribunes plus appropriées. Il est plus qu’agaçant que les tableaux auxquels le texte renvoie souvent se trouvent dans un autre ouvrage de l’auteur ! Sans doute l’éditeur a-t-il jugé atteint le nombre de pages au-delà duquel le prix est dissuasif pour un livre qui se veut une référence. Mais cela en compromet justement la valeur de référence. Plusieurs citations sont néanmoins judicieusement choisies, non seulement pour la saveur de la langue, mais encore pour le sourire, voire l’étonnement, qu’elles suscitent au XXIe siècle, montrant à quel point certains débats piétinent !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21