Charlotte Perkins Gilman

HERLAND

Trad. de l’anglais par Bernard Hœpffner
Robert Laffont, Paris, 2019
288 pages
12,95 $

Il aura fallu plus d’un siècle pour que cette utopie féministe classique de 1915 soit traduite en français. Et encore, elle n’a pas tout de suite eu droit à une publication distincte, puisqu’elle s’insérait dans l’anthologie de Voyages imaginaires colligée par Alberto Manguel en 2016. C’est cette version qui est reprise ici.

Les protagonistes sont trois Américains – trois incarnations de la masculinité – qui partent à la découverte de Herland, un mystérieux pays uniquement habité par des femmes. Jeff Margrave est médecin et botaniste ; Terry O. Nicholson, explorateur et ingénieur ; Vandyck Jennings (le narrateur) est sociologue. Chacun réagira de façon très différente au contact de cette civilisation matriarcale qui, depuis deux mille ans, se reproduit par parthénogenèse. Gynophile, Jeff est émerveillé par cette société égalitaire et pacifiste, qu’il juge bientôt supérieure au monde qu’il a quitté. Machiste, Terry reste persuadé que les femmes veulent être maîtrisées et que les hommes sont « la force vitale » de la société. Son opiniâtreté le rendra insensible aux attraits de Herland et le condamnera à interpréter « l’autre sexe uniquement en fonction de son propre point de vue ». Entre les deux, Van cherche un compromis entre les cultures bisexuée et unisexuée, et éveillera la curiosité de sa future épouse, Ellador, pour sa terre d’origine. Cet autre voyage initiatique forma d’ailleurs le sujet de la suite de Herland, inédite en français, With Her in Ourland (« Avec elle dans Notre-Monde »), en 1916.

D’abord paru en feuilleton dans le magazine The Forerunner (« Le précurseur »), puis autoédité par la sociologue Charlotte Perkins Gilman (1860-1935), Herland avait connu un franc succès en 1915 avant de sombrer dans l’oubli, puis d’être redécouvert par les féministes et publié pour la première fois en volume en 1979. Avec sa nouvelle de 1892 « Le papier peint jaune » (également connue sous le titre « La séquestrée »), qui décrit un cas saisissant de psychose périnatale, Herland constitue le texte le plus célèbre de Gilman, même si sa production comprend de nombreux autres romans, nouvelles et essais, qui, souhaitons-le, finiront par être traduits en français.

Publié le 27 juillet 2020 à 11 h 00 | Mis à jour le 21 juillet 2020 à 10 h 16