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Ken Alibek

GUERRE DES GERMES

Libre Expression, Montréal, 2000
441 pages
24,95 $

Après la menace nucléaire de la guerre froide et celle des armes chimiques lors des dernières décennies, en voici une autre : la bombe bactériologique.

Le docteur Kanatjan Alibekov (qui s’est depuis enfui aux États-Unis et a pris le nom de Ken Alibek) fut pendant des années le chef du programme secret soviétique d’armements élaborés à partir de micro-organismes pathogènes, voire mortels pour l’homme. Dans des laboratoires clandestins déguisés en firmes pharmaceutiques, des milliers de savants et techniciens œuvrent à l’élaboration de souches à virulence amplifiée de monstres microscopiques tels la variole, l’anthrax, la peste et les virus de fièvres hémorragiques. Ce livre raconte, comme le font les romans à suspense, les dangereux essais aériens sous des vents imprévisibles, les luttes de pouvoir interne, la lourdeur d’une bureaucratie militarisée qui ne comprend peut-être pas toute la portée de ces recherches, les accidents de laboratoire entraînant la perte prématurée d’un précieux collaborateur ou affectant la population d’une ville entière, comme à Sverdlovsk, ce Tchernobyl microbiologique, où fut dispersé malencontreusement de l’anthrax en 1979.

Si, comme moi, vous vous régalez de films comme L’épidémie ou de romans du genre L’affaire Cobra, vous apprécierez sans doute cet essai autobiographique. On ne peut nier que La guerre des germes soit un sujet chaud et bien à la mode. Cependant, les propos mêmes de Ken Alibek laissent aussi perplexes ; le plus sûr moyen de se tailler une place aux États-Unis, lorsqu’on est un transfuge en provenance de l’ex URSS, n’est-il pas d’avoir de terribles secrets d’État à divulguer ? Si, en plus, le réfugié se dit en mesure de fabriquer un bouclier contre ces projectiles qu’il connaît mieux que quiconque parce qu’il les a lui-même conçus, ne s’assure-t-il pas d’une existence libre et largement subventionnée par ses nouveaux amis américains ?

Bref, le lecteur est en droit de se demander si les Russes avaient effectivement quelque chose à gagner en puisant dans le déjà vaste bestiaire microbien pour combiner la grippe, la variole et Ébola et en faire une arme invincible, même par leurs propres troupes… ou si ce n’est pas plutôt Kanatjan Alibekov qui gagnait son visa en brodant un tissu de demi-vérités pour frapper d’horreur l’imaginaire collectif.

Quoi qu’il en soit, cette brique de plus de 400 pages aux allures de conte se lit d’un trait, à condition que le lecteur adulte ne se laisse pas terrifier par les ogres penchés sur leurs éprouvettes et par les mauvais sorts lancés à coups de missiles intercontinentaux.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 22 novembre 2014 à 22 h 52