Accueil > Commentaires de lecture > Essai > GALERIE D’ART À KÉKÉLAND

Brigitte Fontaine

GALERIE D’ART À KÉKÉLAND

Flammarion, Paris, 2002
108 pages
28,95 $

Dans son admirable récit La limonade bleue (1997), la chanteuse à tête d’extraterrestre décrivait les tribulations d’une faune artistique aussi paumée qu’attendrissante. Sous la forme d’un carnet cette fois, la grande Brigitte croque sa tribu d’amis, résumant en quelques lignes sa perception de chacun de ces kékés, tel qu’elle les nomme affectueusement. Elle commence charitablement par elle-même, « très belle, très laide », puis nous présente sa chatte Slapette, son amoureux et collègue Areski, le beau-fils Ali, Jacques Higelin, Jeanne Moreau, Georges Moustaki, en passant par une dame inexistante et tout un chapelet de singuliers personnages, dessinateurs, musiciens et journalistes. Rien de cucu dans ces portraits de kékés, puisqu’on sent très bien que c’est pour la galerie que son auteure les présente, élégante jusqu’au bout de chaque lettre, taquine à la limite du cruel, d’une tendresse sans complaisance. Aussi ciselés que ses chansons récentes, ces cinquante et un petits textes révèlent en contrepoint cette drôle de souveraine qu’est devenue Brigitte Fontaine, féline baudelairienne pour qui la douleur se doit de fleurir en une légèreté absolue. Pas nécessairement réservée aux admirateurs, cette suite de méditations se déguste comme un assortiment de thés fins, dont l’écrivaine (même si elle déteste cette féminisation) raffole en sa forteresse de l’île Saint-Louis. « Sa noblesse ne tient qu’à un fil et si on le coupait elle s’effondrerait probablement comme un enfant veuf », dit-elle de Françoise Hardy comme on pourrait le dire d’elle-même, si fragile et si autoritaire.

Publié le 19 juin 2003 à 17 h 51 | Mis à jour le 26 décembre 2014 à 11 h 58