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Numéro 103

Sous la direction de Gilles Chagnon, Danielle Monast

FRANÇOIS PERALDI

VOIX, LEGS, PARCOURS D'UN PSYCHANLYSTE

Liber, Montréal, 2005
160 pages
20 $

Écrire et publier des ouvrages de psychanalyse au Québec ne va pas de soi, c’est le moins qu’on puisse dire. Voilà pourquoi ce recueil de textes issus de deux événements consacrés à François Peraldi fait figure de stèle, selon le terme employé par Gilles Chagnon. Oui, c’est bien de commémoration qu’il s’agit. Un homme mort, publiquement mort depuis 1993 – certains précipitant son oubli pour mieux le piller et s’arroger sa dépouille et ses biens, forme de transfert négatif à analyser -, n’en continue pas moins de vivre dans l’esprit, la lettre et la pratique de plus d’un analyste québécois aujourd’hui vivant.

Car Peraldi occupa une seule position : la sienne, celle de l’entre-deux, comme le souligne Monique Pallacio, seule place, peut-être, qui permette à sa mémoire de survivre par les frayages de la formation, de la transmission et de la traduction. Outside-inside, chaque fois dans des fils inat tendus, ailleurs, ines pèrés. C’est cette labilité du désir telle que dépliée par Peraldi que donne à lire cet ensemble de textes. Qu’il s’agisse d’un témoignage personnel illustrant comment la vigueur interprétative de l’analyste pouvait permettre à l’analysant d’avoir accès à sa division ou d’une contribution plus anthropologique mettant en lien le chamanisme et la psychanalyse par le biais de l’efficacité symbolique telle qu’on la voit à l’œuvre dans le transsexualisme, ces voix font résonner les échos d’une parole et d’un silence qui persistent à nous inquiéter.

Deuil ineffable, comme le poursuit Donna Bentoglia ; manière d’aborder constamment aux rivages du Réel « exposé, surexposé, du côté du sexe ou de la mort », ainsi que le pose Chantal Maillet ; écriture permanente d’un fantasme « de camper au pied d’une muraille maternelle et politique » et se multipliant au gré des réseaux, selon Karim Jbeili, la prégnante présence de François Peraldi fortifie les lieux d’exil, le départ et la restance. S’il fut un signe, ainsi que l’expose John Muller, s’il continue de l’être, c’est peut-être parce qu’il dit ce qu’il en est de la mort de l’analyste tel qu’en lui-même enfin la parole le change. Solitude absolue de l’être, sujet allant-devenant événement de lui-même. Dans un texte de L’entretien infini, Maurice Blanchot l’avait souligné : parler, ce n’est pas voir.

Publié le 17 juin 2006 à 12 h 36 | Mis à jour le 10 novembre 2014 à 14 h 17