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Numéro 103

Antonio Muñoz Molina

FENÊTRES DE MANHATTAN

Trad. de l'espagnol par Philippe Bataillon
Seuil, Paris, 2005
348 pages
34,95 $

« Pendant un mois de septembre encore chaud et humide, par la fenêtre de l’appartement où nous n’habitons que depuis quelques jours, on voit un trottoir banal avec de petits acacias, l’angle d’un bâtiment moderne qui donne sur Lincoln Square et la grande baie vitrée d’une salle de la Juilliard School of Music où il y a d’habitude des pupitres avec des partitions, et où de jeunes musiciens habillés en tenue sport jouent des instruments que jamais je n’arrive à entendre » Par les fenêtres d’un appartement qui donnent sur la Juilliard School of Music, celles d’un hôtel tout près du Radio City Hall, celles d’un café où il prend quelques notes dans le carnet dont il ne se sépare jamais, Antonio Muñoz Molina observe la vie new-yorkaise.

Mais l’écrivain espagnol n’est pas qu’un observateur détaché. Pendant une dizaine d’années, professeur à l’Instituto Cervantes de Manhattan chaque automne, il a arpenté les rues de la ville et les allées de Central Park, visité les marchés, les galeries d’art et les musées, s’est perdu dans Soho et dans Harlem à la recherche d’une librairie ou d’une boîte de jazz pour y étirer la nuit, attardé dans le Chinatown et autour des ombres du World Trade Center où des kamikazes hallucinés ont arrêté les montres un certain mois de septembre chaud et humide. Amoureux fasciné de ce « grand bazar du monde entier », il s’en imprègne avec un regard lucide et conscient des paradoxes qui animent cette ville mythique.

Muñoz Molina est ainsi l’auteur et le personnage de ce livre inclassable, qui tient à la fois du récit de voyage, du journal intime, du reportage et de l’essai, qu’on savoure avec le sentiment de le suivre le long des avenues et dans les squares où l’on écoute, captivé, le concert impromptu d’un jeune percussionniste africain en transit avec des instruments fabriqués à même les rebuts abandonnés sur les trottoirs de New York. Avec Fenêtres de Manhattan, l’auteur des magnifiques romans En l’absence de BlancaSéfaradePleine lune et Le royaume des voix, pour ne nommer que ceux-là, poursuit une des œuvres les plus importantes de la littérature espagnole.

 

Publié le 17 juin 2006 à 16 h 25 | Mis à jour le 29 janvier 2015 à 19 h 30