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Numéro 163

Camilla Läckberg

FEMMES SANS MERCI

Trad. du suédois par Rémi Cassaigne
Actes Sud, Paris, 2020
142 pages
26,95 $

Quinze ans ont passé depuis que les lecteurs et la critique internationale ont découvert avec bonheur les premiers romans policiers de la Suédoise.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Déjà, son dernier livre, La cage dorée, avait déçu, et cette novella ne se hissera pas très haut dans le palmarès des thrillers.

Inspirées par le mouvement #MeToo, les quelque 150 pages de Femmes sans merci racontent trois histoires de vengeance par autant de femmes sur autant d’hommes, ces derniers plus caricaturaux les uns que les autres. Les infortunées victimes de cruels bourreaux se transforment en bourrelles à leur tour.

Camilla Läckberg, ex-star du polar nordique, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Selon ses protagonistes, seule la mort peut réparer les horreurs subies. Même quand un mari trompe sa femme, histoire d’une triste banalité par les temps qui courent ? « Elle ferma la fenêtre de l’agenda d’un clic irrité et tapa dans Google : mari infidèle que faire ? » La grande journaliste semble étonnamment à court de ressources. Que les autres épouses désirent quitter leurs maris qui les maltraitent physiquement et psychologiquement, soit, mais avant de donner la mort, ne peut-on pas essayer autre chose ?

Très vite, on compare la structure dramatique de la novella à un pastiche – intentionnel ou pas – de L’inconnu du Nord-Express (1950), de Patricia Highsmith, que Hitchcock a adapté au cinéma. Un profond malaise s’installe. En effet, chaque victime tue le tortionnaire d’une autre, toutes ayant ainsi un alibi parfait. Ingrid, Birgitta et Victoria ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrées et les échanges entre elles se font par Internet, puis par boîte postale. Ni vu, ni connu. Par boîte postale, en 2020, vraiment ?

Les profils et les motivations des malheureuses et de leurs abuseurs sont définis du bout des doigts ; la thématique d’une brûlante actualité aurait mérité d’être plus approfondie. La Suède que l’auteure nous a appris à connaître et à aimer est singulièrement absente. Bref, le tout est écrit à la va-vite. Dommage.

Même les policiers de la novella ne sont guère crédibles, trop facilement dupés par Birgitta qui débite mensonge par-dessus mensonge, elle, l’enseignante irréprochable et plutôt passive. Heureusement, les passionnés de thrillers fréquentent d’autres inspecteurs scandinaves, lesquels sauvent ainsi l’honneur national, pour ne pas nommer Kurt Wallander, héros de Henning Mankell.

La vengeance est un plat qui se mange froid, oui, et si l’on fait abstraction de ses faiblesses, ce bref roman se lit bien. On ne s’y ennuie pas. Une lecture facile, un passe-temps de vacances.

Publié le 30 juillet 2021 à 13 h 27 | Mis à jour le 30 juillet 2021 à 13 h 27