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Numéro 109

Pierre Combescot

FAUT-IL BRÛLER LA GALIGAÏ ?

Grasset, Paris, 2006
302 pages
29,95 $

Il y a des écrivains qui font ce qu’ils veulent avec leurs lecteurs et ceux-là se laissent porter sur la vague avec le plus vif des plaisirs. Vous aurez compris que Pierre Combescot est un grand écrivain, un habile styliste et un raconteur merveilleux d’histoires merveilleuses. Je me rappelle la lecture des Filles du calvaire, de La sainte famille, des Funérailles de la sardine, un pur enchantement ; ce fut la découverte qu’un romancier est avant tout un raconteur d’histoires et qu’il doit user d’une langue qui coule de source et qu’il sait maîtriser. Combescot a toutes ces qualités et, en plus, on sait qu’il s’amuse en écrivant, qu’il se raconte ces histoires avant de nous les livrer dans leur forme définitive. On lit Combescot, on en redemande, on ne se lasse pas, peu importe où il nous amène. Ce n’est pas extra ?

Léonora Galigaï, laideron d’origine florentine, un peu difforme, devint la confidente et la coiffeuse (tâche éminemment capitale), presque la sœur d’une reine de France, la molle Marie, deuxième épouse d’Henri IV. Cette Galigaï épousa Concino Concini, un Florentin intrigant qui fut fait marquis d’Ancre et maréchal de France. Il accumula richesses et titres avec une habileté diabolique. Léonora et Concino, détestés par le peuple et par les grands (princes, ducs et tutti quanti), furent assassinés sans trop de façons, comme on savait le faire à l’époque. On tuait avec dagues et stylets, on décapitait, on charcutait, on brûlait. Toute une époque ! Il faut lire la description faite par Combescot de la rencontre entre Henri IV et Catherine de Médicis. On y est tout entier à l’écoute. Et c’est une part de l’histoire de France, sous les Médicis et les Valois, au tout début de l’ère des Bourbons. Période plus décadente, impossible ! Plus opulente, rare ! Plus inspirante pour un romancier, impossible ! Tout est juste, tout est vrai, tout est vivant.

Pierre Combescot prend plaisir à nous amener là où ça s’est passé, il connaît tous les méandres, il s’immisce dans les chambres, on se glisse derrière lui dans les lieux les plus secrets pour écouter ceux qui ourdissent de sombres complots, on devient presque les témoins de ce qui se trame. Peut-on en demander plus ? Peut-on, comme lecteur, être plus satisfait ? On se lèche les babines, on retarde la lecture pour que ça ne finisse pas, pour que ça dure le plus longtemps possible. Plongez au plus vite dans ce Combescot-là ! Et vous plongerez dans tout ce qu’il a écrit. Une drogue, je vous dis.

Publié le 2 décembre 2007 à 15 h 31 | Mis à jour le 2 décembre 2007 à 15 h 31