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Jean-Marc Moura

EXOTISME ET LETTRES FRANCOPHONES

Presses universitaires de France, Paris, 2003
222 pages
43,95 $

Bien connu pour ses écrits sur l’exotisme européen au XXe siècle, Jean-Marc Moura s’intéresse dans son dernier livre au lien étroit qui unit l’exotisme et les littératures francophones. Selon lui, « les lettres francophones, y compris les plus rétives au colonialisme et à l’influence de l’Occident, se sont développées sur le fond d’un ‘hypotexte’ colonial et/ou exotique qu’il est nécessaire de connaître et d’étudier si on veut mesurer leur originalité et la singularité des options créatrices engagées ». Jean-Marc Moura porte d’abord son attention sur des œuvres littéraires du XXe siècle dans lesquelles on peut observer un exotisme renouvelé. C’est le cas notamment du récit de voyage tel que pratiqué par des auteurs comme Nicolas Bouvier. Le « voyage rétrospectif », notamment Le chercheur d’or de Jean-Marie Le Clézio, constitue également une forme exotique qui permet de contester l’uniformisation croissante de la culture de masse et de s’y opposer en présentant « des expériences du voyage et de l’exotisme radicalement différentes de celle du tourisme ». Jean-Marc Moura examine ensuite d’autres manifestations exotiques susceptibles d’avoir marqué la littérature francophone, entre autres la représentation de l’Orient chez Hegel, la confiscation de la parole africaine dans des récits de l’entre-deux-guerres, comme ceux de Louis Ferdinand Céline et de Mongo Beti, l’exotisme mythologique dans la poésie de Leconte de Lisle, l’influence d’éléments musicaux orientaux et mauresques chez Claude Debussy, l’omniprésence de l’image totémique du bestiaire chez Léopold Sédar Senghor. L’une des dernières études porte sur « l’imagination de l’espace dans L’homme rapaillé de Gaston Miron », et plus précisément sur la menace latente du sentiment d’exil au monde que la poésie mironienne tente de conjurer. Enfin, dans la dernière partie du livre, Moura poursuit la réflexion qu’il avait entreprise dans son ouvrage précédent Littératures francophones et théorie postcoloniale (1999). À ses yeux, les vertus de la critique postcoloniale ne résident pas tellement dans ce qu’elle combat ou permet de dépasser, mais dans les méthodes d’approche des textes qu’elle rend possible, voire dans les interprétations plus attentives aux spécificités des lettres francophones qu’elle favorise.

Publié le 15 juin 2004 à 10 h 24 | Mis à jour le 29 janvier 2015 à 18 h 55