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Numéro 98

Dominique Lavallée

ÉTONNEZ-MOI, MAIS PAS TROP

Triptyque, Montréal, 2004
119 pages
17 $

L’incipit du deuxième recueil de Dominique Lavallée donne le ton des nouvelles qui suivent : « À première vue, quelqu’un de bien pensant aurait dit que rien ne distinguait Cécile Bélanger des autres citoyens, si ce n’est, peut-être… » Un accident, ou le plus souvent, une anicroche vient perturber le quotidien de personnages ordinaires, voire paradigmatiques. Alors, le personnage-cliché se désarticule sous les yeux du lecteur : au contact d’une petite frimousse, la célibataire imagine la fille qu’elle n’a pas eue ; la professionnelle ambitieuse quitte le bureau inopinément, découragée par les vingt messages de sa boîte vocale ; l’étudiante se remet en question en apercevant un mauvais voisin accomplir une action louable ; la secrétaire alcoolique se rend compte de l’absurdité de la vie qu’elle mène après avoir happé un piéton ; la dépressive, devant l’obstination du psychiatre de sa compagnie d’assurances, a envie de « pisser sur son fauteuil » et de lui « cracher au visage »

Plus court, mais aussi plus épuré, ce recueil est sans conteste plus réussi que le précédent. Dominique Lavallée maîtrise maintenant le dialogue et ses histoires n’en sont que plus vivantes. Sur le plan du style, elle s’est sensiblement améliorée, mais reste trop souvent enfermée dans le carcan phraséologique « sujet, verbe, complément ». Le recours à des figures éculées ainsi que la prolifération intempestive de qualificatifs et d’adverbes constituent les problèmes majeurs de son style.

Cependant, il serait difficile de le lui reprocher dans la mesure où son style peu inventif est largement compensé par des histoires efficaces qui se lisent toutes seules. Il y a chez l’auteure une force d’empathie qui lui permet de déborder du narcissisme contemporain et de se substituer, en tant que narratrice, à ses différents personnages, tous déchirés, mais aussi, tous recouverts d’une gangue d’hypocrisie, celle des conventions : « Au fond, je suis une grande blasée des conventions sociales ».

N’ayant jamais embrassé d’autres formes d’écriture, Dominique Lavallée – comme d’autres nouvellistes québécois d’ailleurs -, nous démontre par la qualité de son travail que la nouvelle littéraire est non pas un dérivé mineur du roman, mais bien une forme à part entière. Un petit recueil sans prétention dont les histoires sont rien de moins que savoureuses.

Publié le 21 février 2005 à 16 h 05 | Mis à jour le 21 février 2005 à 16 h 05