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Numéro 96

Georges Anglade

ET SI HAÏTI DÉCLARAIT LA GUERRE AUX USA ?

Écosociété, Montréal, 2004
95 pages
14 $

Imagine-t-on ce qui aurait pu se passer ou se passerait si un « nouveau pays pétrolier, vaudou celui-là, venait de surgir dans l’arrière-cour américaine pour CNN, en pleine francophonie pour TV5, chez des Noirs pour les Noirs de Harlem » ? Imagine-t-on alors Haïti déclarer la guerre aux États-Unis, histoire d’emmerder les belles histoires de la famille Bush et des monarchies du Golfe et surtout, de se reconstruire en la perdant – l’Humanitaire, le Communautaire et l’Associatif se précipitant ensuite pour soutenir, encadrer, aider, de telle sorte que quelques multinationales puissent rapidement maîtriser la situation ? Du Vrak TV ? Mais au fond, quoi de mieux pour sortir de la misère que d’attirer chez soi les vampires ? De la politique-fiction, aussi réelle que le dernier livre de Bill Clinton. Georges Anglade, c’est du pur Plaute, assaisonné de Frankétienne

Voyons un peu : « on » découvre sous le golfe de la Gonâve une réserve de 100 milliards de barils de pétrole, ce qui ferait de la république noire le troisième pays producteur mondial après l’Arabie saoudite et l’Irak (!). On quitte quand même le sucre, le café et les bananes, monsieur ! Si on pense que l’occupation américaine (1915-1934) et que le duvaliérisme (1965-1986) blessèrent le peuple, le pire reste à venir. À commencer par un superbe trio d’ambassadeurs, qui pourrait aussitôt être nommé : Lionel Jospin, Denise Bombardier et Paul Cellucci – pas mal, non ? Sans compter l’intervention rapide, trop rapide de la task force d’économie pétrolière de Calgary, merde ! (On connaît notre efficacité, pas seulement comme casques bleus, mais dans les marchés interlopes comme les mines africaines) Georges Anglade imagine en outre une superbe proposition : faire d’Haïti la 51e étoile des États-Unis Et pour qu’elle porte davantage, elle est lue, de Ground Zero, et retransmise par les télés du monde entier, par nul autre que Charlie Rangel, le célèbre congressman de Harlem, accompagné de Randall Robinson et de Jesse Jackson. De mieux en mieux comme feuilleton. J’en redemande !

Haïti réussira-t-elle ? Pas sûr Son funeste destin pourrait bien se retourner contre elle ! Aye ! Gagner la guerre ! Catastrophe ! Non, je rêve : s’en prendre à Bush, Rumsfeld & Cie et ne pas couler à pic ? Pourquoi pas ? L’art de la lodyans le permet, fort sérieusement, avec l’humour lumineux qu’il sous-tend.

Publié le 6 octobre 2004 à 14 h 23 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 9 h 32