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NUIT BLANCHE

Ces Écrits de la Bastille, qui portent en page de couverture la mention « 3 textes inédits », sont le cas type d’une édition qui cherche à leurrer le lecteur. S’ils contiennent effectivement trois poèmes du Marquis imprimés ici pour la première fois, ces derniers ne couvrent que 30 des quelque 150 pages que compte ce bouquin. Le reste est rempli par une sélection de courtes nouvelles tirées du recueil Historiettes, contes et fabliaux. Jean Chaumely reproduit en fac-similé l’édition que Maurice Heine avait préparée en 1926. Jolie touche, soit, mais ces historiettes ont été rééditées depuis dans des collections courantes (« 10/18 »), faciles à dénicher.

Cet ouvrage se trouve donc réduit à trente pages de réels inédits. Des trois poèmes annoncés, écrits pendant l’incarcération de Sade, le premier, « Les dangers du libertinage », est le plus long, et aussi le meilleur. La force brute du vers de Sade constitue un cas à part dans l’histoire des lettres françaises et si ce poème annonce Justine, il surpasse le futur roman en termes de violence et de cruauté, celles-ci ne s’arrêtant qu’au meurtre sanguinaire de la pauvre jeune fille. Impossible de citer ici les quatre vers de la chute, d’une brutalité inégalée. Les deux autres poèmes, « La mère » et « L’infâme Thémis », se rapprochent des monologues qui parsèment La philosophie dans le boudoir. Si « Les dangers du libertinage » mérite une place importante dans la production de Sade, les deux autres textes n’ont qu’un intérêt mineur. Quant aux Historiettes, Chaumely a su choisir les plus intéressantes, mais elles demeurent des versions en prose de ce que La Fontaine avait fait en vers : des contes légèrement grivois.

Les néophytes ne trouveront pas dans ce livre de quoi plonger dans l’univers de Sade. Les assidus du Marquis, eux, auront à débourser le prix du livre pour seulement une fraction de nouveau matériel. Une plaquette aurait suffi.

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