Céline Marcotte

DSM-V+

DÉVIDOIR DE SYNDROMES MAGNIFIQUES

Folie/Culture, Québec, 2007
120 pages
20 $

S’il est vrai qu’il existe une différence entre l’art et la folie, celle-ci se réduit littéralement à un fil difficilement perceptible. Dans l’un et l’autre cas, le subconscient est libéré dans une démarche visant à rétablir l’équilibre psychique de l’individu ; et puisque la conscience claire est écartée, cet individu peut atteindre des ailleurs qu’exclut le rationnel, des lieux auxquels les lois et les interdits de la société barrent l’accès. Apparaît alors un être nouveau, hors norme. C’est précisément à cause de cela que l’on dit de l’œuvre d’art qu’elle est le reflet de la vérité profonde de l’artiste.

Aristote, en son temps, disait que les artistes étaient des névrosés. Diderot a dit qu’ils étaient des mythomanes. Si la société n’en fait pas des détraqués, si elle leur reconnaît ce besoin de communiquer et accepte leur langage, elle fait alors des artistes les meilleurs alliés du fou. Ils sont précisément ces fous « dont le langage a enfin réussi à rejoindre l’autre, à éveiller chez lui des images et des émotions plutôt que le rejet et le dégoût ».

Partant de cette idée, Folie/Culture a organisé un événement qui s’est tenu à Québec, du 11 au 15 octobre 2006. Cet événement était en quelque sorte un pied de nez au DSM (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders), répertoire des diverses manifestations d’une dégradation de la santé mentale. Cette bible cependant s’est révélée bien moins exhaustive qu’on la prétendait. Folie/Culture a voulu, dans une démarche ironique, compléter le répertoire et a donc créé un DSM+. Cet événement qui rassemblait des personnalités de disciplines diverses, originaires de six pays, a montré que les choses pourraient être différentes, que les principes, les normes qui régentent notre existence auraient pu être établis autrement. Pourquoi alors l’individu, comme l’artiste, ne pourrait-il pas être le créateur d’un monde à lui, tributaire de sa vision, de ses tendances, de ses appétits refoulés ? Pourquoi la société ne percevrait alors pas, de manière différente, celui qu’elle considère hors norme, un aliéné mental ?

Au terme de cet ensemble d’activités (débats, conférences, créations théâtrales, expositions ), cette réflexion sur la santé mentale ne pouvait pas s’arrêter. Pour la prolonger, Folie/Culture a eu l’idée de rassembler dans un ouvrage, un catalogue rétrospectif, des considérations sur le sujet signées Benoît Côté, Geneviève Desmeules, Hélène Matte, Viviane Paradis, Alain-Martin Richard, Nicolas Reeves, Guy Sioui-Durand, Lisa Vestal et Jean-Pierre Vidal. Une lecture qui, à coup sûr, fera voir la « maladie mentale » sous un jour autre.

Publié le 17 juin 2008 à 14 h 20 | Mis à jour le 17 juin 2008 à 14 h 20