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Dictionnaire amoureux du crime

Alain Bauer

DICTIONNAIRE AMOUREUX DU CRIME

Plon, Paris, 2013
940 pages
24,50 $

L’auteur, que Plon présente étonnamment comme « le seul professeur de criminologie français », consacre un foisonnant millier de pages à ordonner de façon ingénieuse et abordable le vaste monde du crime. Tout y passe, aussi bien la sombre liste des plus « efficaces » tueurs en série que les affrontements entre clans mafieux, aussi volontiers les œuvres littéraires vantant les limiers de toute farine que les espoirs du profilage. Alain Bauer est d’autant plus qualifié pour procéder à ce survol qu’il dispense son savoir à Paris, à New York et à Pékin. Plusieurs remarques lancées au vent font comprendre qu’il entretient également de nombreux contacts avec les forces policières de divers pays, y compris le Québec. Compétence patente.

Bauer ose pourtant une épithète inattendue pour qualifier son dictionnaire : amoureux. «  […] j’ai également voulu considérer le crime comme un des ‘beaux arts’, tant l’inventivité, la créativité, l’obstination ou la bêtise des criminels reçoit en écho la fascination du public. Certes horrifié, mais aussi souvent partagé, amusé, intrigué par l’acte criminel ou son auteur. » L’adjectif surprend. N’est-il pas dans la nature du dictionnaire de ranger l’un derrière l’autre des termes qui évoquent des univers, des valeurs, des niveaux de langage sans séduction commune ? Soupçonnons plutôt Bauer d’être lui-même amoureux du frisson que suscite le crime dans ses avatars artistiques. D’où les mille références qui valent sollicitation : « Tel film raconte ce beau crime odieux… »

Particulièrement sensibilisé aux figures criminelles de l’Hexagone, l’auteur recense pourtant aux confins du monde et de l’histoire crimes et criminels les plus notables. Le Ku Klux Klan, les triades, les yakusas, la Cosa Nostra… prennent place dans cette large photo de famille. Les tueurs isolés se manifestent aussi : de Barbe bleue à l’Étrangleur de Boston, de Charles Manson à Billy the Kid, ils se présentent à la queue leu leu avec leurs vindictes et leurs blindages psychologiques. Si lacune il y a, ce sera dans la pudeur – prévisible dans un dictionnaire – avec laquelle sont évacués certains grands enjeux. La peine de mort n’apparaît que dans son étroit créneau français. Le criminologue s’abstient de répartir les racines du crime entre les sociétés et les individus. La montée en puissance de la victimologie n’est pas même évoquée : le Québec ne doit pourtant pas être la seule société où le souci légitime de la victime s’hypertrophie depuis peu et fait déferler les revendications vengeresses. Bauer a peut-être jugé, à juste titre, que le Sénat canadien ne méritait pas d’être pris au sérieux quand certains punitifs l’utilisent comme tribune.

Un regret personnel : comment justifier l’absence de Fouché quand on accueille Vidocq ?

Publié le 2 avril 2014 à 11 h 06 | Mis à jour le 2 avril 2014 à 11 h 06