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Cormac McCarthy

DES VILLES DANS LA PLAINE T. III

La trilogie des confins

Trad. de l'américain par François Hirsch et Patricia Schaeffer
Éditions de L'Olivier, Paris, 1999
314 pages
34,95 $

Ce roman conclut La trilogie des confins entreprise avec De si jolis chevaux et Le grand passage. On retrouve ici John Grady Cole, héros du premier roman, qui s’est pris d’amitié pour Billy Parham, protagoniste du second. Les deux jeunes cow-boys, quand ils ne sont pas occupés à dompter et à soigner des chevaux dans un ranch du Nouveau-Mexique, font la tournée des bordels de l’autre côté de la frontière, dans la ville mexicaine. Autant ils sont durs extérieurement, autant ce sont des tendres en réalité.

John Grady a le don de dompter les chevaux les plus rétifs. Il prévoit leurs réactions, il les comprend ; pour tout dire, il les aime. C’est le cow-boy que tout propriétaire de ranch veut employer, malgré son jeune âge. Les maquignons également aimeraient l’embaucher parce qu’il voit d’un seul coup d’œil ce que vaut une bête et ses plus infimes défauts de conformation.

John Grady Cole ne cause pas de problèmes. Il ne parle pas beaucoup et il se mêle de ses affaires, jusqu’au jour où il tombe amoureux d’une jeune prostituée mexicaine. Ses visites au bordel se résument souvent à quelques verres de whisky, mais cette fille lui est tombée dans l’œil. Il pense tout le temps à elle. Il lui rend visite de plus en plus souvent. Il tente de la convaincre de le suivre de l’autre côté de la frontière. Tout ça évidemment finit mal.

Cormac McCarthy décrit un monde d’hommes. Un monde où les sentiments ne sont pas discutés mais vécus. Les protagonistes, les plus grands amis du monde, ne se parlent pour ainsi dire jamais. Leurs conversations sont des chefs-d’œuvre d’économie, les plus élaborées ayant trait aux chevaux, seul domaine où ils arrivent à transcender le prosaïque pour déborder dans le poétique. Ils sont obsédés par les femmes, mais la conversation à leur sujet se résume toujours au minimum, au fait par exemple qu’une femme qui a connu l’électricité et l’eau courante ne peut pas faire une bonne femme sur un ranch. Ces hommes vivent dans un monde en voie de disparition et ils le savent. Ils en conçoivent de l’amertume, sinon du désespoir.

Les visites au Mexique ont quelque chose de symbolique. Alors que la vie aux États-Unis est une vie simple, faite de dur travail au soleil sur les ranchs de chevaux, au Mexique c’est tout autre chose : dans une sombre atmosphère de tentures de velours, on visite les bordels et on se saoule la gueule. Les États-Unis, c’est la droiture, la lumière, et le Mexique, le côté noir de la vie. La femme mexicaine sur laquelle John Grady Cole jette son dévolu est irrémédiablement damnée et il n’arrivera en tentant de la sauver qu’à déclencher le chaos. Un roman à savourer lentement, de préférence en buvant un verre de whisky.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 13 h 20