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Numéro 80

Robert Lalonde

DES NOUVELLES D’AMIS TRÈS CHERS

Boréal, Montréal, 1999
162 pages
19,95 $

Qui a lu les ouvrages précédents de Robert Lalonde sait l’affection qu’il porte à certains écrivains, dont Jean Giono, Flannery O’Connor, Anton Tchekhov, Gabrielle Roy, pour ne nommer que ces derniers. Une affection teintée à la fois d’admiration et de reconnaissance pour ces écrivains qui ont balisé son propre parcours, et qui ne cessent de l’accompagner au-delà des mots et des silences dont se compose toute œuvre.

« Quand on aime, écrit Robert Lalonde dans la préface, il est assez facile de se mettre à la place de l’autre. » Les neuf histoires regroupées sous le titre Des nouvelles d’amis très chers sont autant de variations sur le thème de l’amitié et de l’amour avec, comme toile de fond, les affinités littéraires qu’a tissées Robert Lalonde au fil de ses lectures. L’écrivain et le comédien ne font plus qu’un ici, ce dernier se glissant dans la peau – et l’âme – de ceux et celles que le premier réinvente aussitôt sous un visage autre : le sien. Les écrivains revisités par Robert Lalonde finissent en effet doucement, subrepticement, par se retrancher, par se retrouver derrière le visiteur. Chacun des neuf textes met en scène des personnages aux prises avec un tourment intérieur auquel ils ne peuvent opposer qu’un abandon lucide. Chacun esquisse à grands traits impressionnistes ces instants fulgurants qui déterminent le plus souvent le cours d’une existence. Le rythme vif, parfois enfiévré auquel Robert Lalonde nous a habitués, nous rappelle qu’au-delà des thèmes abordés, c’est la manière de dire, de raconter, qui donne au texte son caractère propre.

En empruntant la voix d’écrivains qui lui ont tant donné, c’est sa propre voix, mise au diapason de l’autre, que Robert Lalonde nous donne à entendre, assumant ici pleinement sa liberté d’auteur, tout en sachant reconnaître l’étendue du don des morts, pour reprendre les mots de Danielle Sallenave. Un danger guettait toutefois semblable entreprise : la nostalgie, ce dont était conscient Robert Lalonde. Certains textes parviennent ainsi plus difficilement à faire oublier le projet initial. Mais peut-être dois-je mettre sur le compte de mes propres affinités littéraires, de mes propres attentes à l’égard d’une œuvre aussi riche et généreuse que celle de Robert Lalonde, cette réserve somme toute mineure.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 23 h 07