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Jacques Folch-Ribas

DES ANNÉES DES MOIS DES JOURS

Stock, Paris, 2001
235 pages
24,95 $

De New York, Mathieu emmène Béatrice, qui n’a plus que quelque temps à vivre, sur les rives du Golfe Saint-Laurent, dans sa maison d’été qu’il appelle « Le Paradis ». Non, elle ne sera pas une charge pour lui, la rassure-t-il. Sur la route longue, l’homme et la femme que le hasard a fait se rencontrer deux mois plus tôt évoquent leur passé. C’est Mathieu qui narre, employant aussi bien la troisième personne que la première quand il parle de lui-même, comme si celui qui dit « Mathieu » sentait vibrer un autre en lui. Des années, des mois, des jours douloureux reviennent par bribes à la conscience de l’homme, né Adrien. Nostalgie d’une enfance heureuse en Catalogne, des amours enfantines avec Mada, sa cousine, figure de l’amour gravée à jamais au plus profond de lui-même. Puis, les atrocités de la guerre, et l’exil en France. Perte du pays. Perte des parents. On adopte le jeune Adrien que l’on prénommera désormais Mathieu. Perte d’identité. Et à nouveau la solitude, puis Paris. Rencontre d’Amélie, Canadienne qu’il suit aux États-Unis : « Je n’existais plus que pour elle. Je n’avais plus de passé ». Poésie, tendresse, bonheur simple et touchant de l’amour partagé. Quinze ans, vingt, plus peut-être, et soudain, mort d’Amélie. Elle partie, Mathieu n’est plus qu’un mort vivant. Errance sur les routes américaines jusqu’à la mer, objet de contemplation depuis l’enfance et unique sujet de ses aquarelles qui l’amènent à New York. Là, rencontre de Béatrice, elle aussi exilée ; en quelque sorte Mathieu rapporte son histoire, comme celle d’Amélie, partie de son pays parce que ne supportant pas l’indifférence de son père, et l’exil des autres personnages coupés de leur passé, tel l’Italien Guido. Les épisodes consacrés aux uns et aux autres bifurquent, sont laissés en suspens, s’entrecroisent comme les souvenirs qui n’ont que faire de la linéarité. Au cœur de l’histoire de chacun, l’exil. La perte des racines. L’anticipation de la fin « […] sans laisser la moindre trace, le moindre legs, le moindre souvenir ».

C’est un bonheur de lire ce roman d’une profonde humanité où le sens critique et l’humour de Folch-Ribas s’harmonisent tout naturellement avec la tonalité lyrique dominante.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21