Réal La Rochelle

DENYS ARCAND

L'ANGE EXTERMINATEUR

Leméac, Montréal, 2004
383 pages
31,95 $

Hasard, dit-on, mais heureux hasard qu’une biographie de Denys Arcand soit publiée l’année où le nom du cinéaste est sur toutes les lèvres et dans tous les médias. Le Québec est aujourd’hui fier de ce rejeton qu’il n’a pas toujours bien aimé ou bien traité. « J’ai une relation d’amour-haine avec le Québec », confesse l’artiste lui-même.

La biographie du professeur et critique Réal La Rochelle est généreuse d’informations. L’auteur demeure un proche sinon un ami de Denys Arcand. Il a amplement interviewé l’historien, sa famille, ses amis. Il s’est fort bien documenté et a suivi le tournage du film Les invasions barbares. Sa connaissance du milieu du cinéma sert bien son ouvrage.

Réal La Rochelle trace un portrait de l’intellectuel qui colle à la petite histoire du Québec des 60 dernières années. L’auteur nous fait un premier cadeau en expliquant la participation de Denys Arcand à la construction et à l’évolution de notre société. Par contre, son appréciation de la valeur artistique du cinéaste ne convainc pas toujours. « Arcand possède la stature d’un Pasolini, à qui il ressemble par certains traits ». D’accord, mais encore ?

Dommage que la biographie n’ait pas été revisitée et épurée, car les multiples redites troublent la fluidité de la lecture. Les incessantes références à Bunuel deviennent lassantes. Il en est de même des citations de W.G. Sebald dont l’abondance tue l’à-propos. Le lecteur comprend vite à quel point le cinéaste a été affecté par la mort des Maheu, Jutra ou Aquin, il n’est pas nécessaire d’y revenir sans arrêt. Dire de Denys Arcand qu’il est « un baby-boomer désenchanté » est mal maîtriser le phénomène démographique ; décrire avec force détails le contenu de sa bibliothèque personnelle agace.

L’ouvrage demeure par ailleurs important dans le monde de l’édition consacré au cinéma québécois. Réal La Rochelle nous fait connaître l’homme derrière le récipiendaire d’hommages internationaux. Nous l’en remercions.

Publié le 2 juin 2005 à 12 h 19 | Mis à jour le 18 janvier 2015 à 9 h 22