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Réal La Rochelle

DENYS ARCAND

MILLE PLATEAUX

Presses de l'Université Laval, Québec, 2014
130 pages
19,95 $

Après l’excellente biographie Denys Arcand, L’ange exterminateur (Leméac, 2004), ce nouveau livre de Réal La Rochelle n’est pas à proprement parler un recueil d’entretiens, mais plutôt une série de propos recueillis, avec cette nuance que les déclarations de Denys Arcand sont ici mises en contexte et alimentées par diverses citations, des extraits de critiques, des précisions ponctuelles comme des dates et des exemples. Dix ans après sa biographie, Réal La Rochelle sentait le besoin d’actualiser le parcours du cinéaste qui nous a donné L’âge des ténèbres et plusieurs projets extra-cinématographiques.

Toujours actif et polyvalent, Denys Arcand revient sur sa carrière d’un demi-siècle ; il évoque les œuvres qui l’ont inspiré (par exemple, les films de Luis Buñuel), son amour de la musique, ses projets, ses films, sa méthode de travail et son parcours, après avoir été porté aux nues puis dénigré par une partie de la critique dans les journaux. En fait, c’est ce petit procès de ces quelques critiques de films faisant la pluie et le beau temps dans les quotidiens (d’ici et d’ailleurs) qui constitue l’un des points forts de ce livre. Comme l’écrit Réal La Rochelle, « les journalistes ont le dernier mot et il est imprimé une fois pour toutes ».

Grâce à Réal La Rochelle, Denys Arcand parvient à mettre le doigt sur l’éternel problème de la critique de films dans beaucoup de quotidiens et à la radio : généralement, les rédacteurs assignent des reportages à des personnes qui prétendent au titre de journaliste sans posséder de véritable formation en histoire du cinéma. Les commentaires nombrilistes que l’on peut lire dans les quotidiens ou que l’on entend à la radio sont trop souvent des billets d’humeur, du style « j’aime » ou « j’aime pas », avec de surcroît une tendance à ne s’intéresser qu’aux célébrités. À ce problème s’ajoute l’incapacité pour bien des critiques de faire comprendre à leur auditoire le sens et la symbolique d’un film. Bien pire, nombre d’entre eux n’admettent pas les reproches sur leur travail souvent défaillant et reconnaissent rarement leurs erreurs et leur ignorance. Beaucoup sont devenus intouchables. Pour Denys Arcand, les critiques les plus justes émanent des cinéastes eux-mêmes, citant fort à propos Ingmar Bergman et Jean-Luc Godard, qui ont souvent commenté les œuvres de leurs contemporains.

Réal La Rochelle rassemble les éléments pour mieux saisir ce que Denys Arcand a voulu dire dans ses films, ce que bien des critiques ne parviennent pas toujours à faire convenablement.

Publié le 1 octobre 2014 à 13 h 27 | Mis à jour le 1 octobre 2014 à 13 h 27