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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Dans son cinquième roman, Défenses légitimes, Doric Germain nous propose de revisiter une page de l’histoire du Nord de l’Ontario. Bien que les voyageurs qui parcourent la Transcanadienne ne peuvent manquer d’apercevoir, à mi-chemin entre Kapuskasing et Hearst, l’imposant monument représentant un homme, une femme portant un bébé et un enfant, peu d’entres eux en connaissent l’histoire, qui demeure, dans une grande mesure, encore taboue dans bien des familles de la région. Trente ans après l’émeute meurtrière de la nuit du 10 au 11 février 1963, qui opposa les grévistes de la Spruce Falls Power and Paper Company aux cultivateurs locaux qui possédaient des droits de coupe de bois et vendaient leur bois à la même compagnie, Doric Germain en relate l’histoire, romancée certes, mais tout de même fidèle aux événements. À travers son personnage principal, Pierre Ménard, fils de cultivateur qui travaille l’hiver à un camp de bûcherons, et Madeleine, la jeune fille qu’il fréquente et dont le père, qui est à l’emploi de la Spruce Falls, se retrouve en grève, Doric Germain nous présente les deux camps opposés, avec leur mode de vie, leurs choix et les raisons qui poussent les uns à faire la grève et les autres à continuer à fournir du bois au « moulin » à papier. Toutefois, en dépit de son fondement historique, en dépit du fait qu’il s’agit sans doute là de la meilleure étude portant sur ces tragiques événements, le roman de Doric Germain demeure une fiction. Il y explore, comme dans toute son uvre d’ailleurs, les méandres de la vie humaine. On pourrait dire qu’il est un écrivain de la condition humaine. Il réussit à transcender l’espace du Nord de l’Ontario, où se déroulent tous ses romans, afin de mettre en scène les vicissitudes de l’âme humaine. Que ce soit la cupidité, la mesquinerie, l’intolérance, la haine ou tout simplement la nécessité qui mènent ses personnages, il en peint un tableau vivant qui ne peut que nous amener à remettre en question nos propres comportements et nos préjugés.

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